De l’être à l’action, un bond pas toujours facile, au coeur de la problématique de l’être humain

Chaque être humain a en lui un idéal, ou plutôt, je préfère au terme “idéal” trop abstrait et qui donne une impression de quelque chose d’irréalisable, une sorte de voie d’accomplissement “optimum” de son être.
Une sorte de “programme idéal d’action” (des valeurs propres, une morale, des passions etc.) profondément individuel, original.

Il existe un à priori communément admis que nous sommes condamnés à vivre dans cette contradiction constante entre notre être, notre désir profond et la réalité de la vie et que cela est normal.
Cette affirmation en réalité tient au fait qu’en effet, la réalité ne correspondra pas exactement à notre désir le plus profond, l’être et le faire n’étant pas de même nature (l’être étant indéfini, illimité, impalpable, ressenti et le faire étant limité, défini, classifiable, etc.).

Il est intéressant d’étudier ce décalage chez l’humain.
Il est intéressant d’étudier la communication constante qui va se faire entre l’intérieur de son être et son vécu extérieur.
De la nature de ce décalage et de cette communication dépendra son bien être, sa santé, sa relation au monde.

Ce décalage est une “fissure” – selon l’expression d’Yves Prigent – que chaque individu doit franchir et qui sépare son désir profond de la réalité de la vie extérieure qu’il mène.
Sa vie sera faite d’un échange constant et nourricier entre son intérieur et sa vie extérieure. Chez certains individus, cette fissure peut devenir un fossé voire même un océan; chez d’autres elle peut disparaître et se souder.

De manière plus concrète, deux problématiques bien différentes pour l’être humain (avec pour trait commun l’inadéquation entre leur essence et la vie qu’ils mènent):

celui qui est à mille lieux de son être profond
celui qui est “en proie” avec son être, avec un ressenti profond très fort qui l’empêche d’agir.

Bien évidemment, il n’existe pas d’être humain entrant formellement dans l’une ou l’autre catégorie, cette dichotomie étant faite uniquement pour satisfaire un besoin de cohésion et de compréhension. Il existera une infinité de degrés en chaque être humain, certainement même un mélange de ces deux problématiques très souvent.

Une infinité de cas de figures.
En voici quelques exemples infimes et forcément caricaturaux:

Certaines personnes donc se retrouveront dans un métier qui ne leur correspond pas du tout, mariées à une personne qu’elles n’ont jamais aimé etc. Sans avoir vraiment conscience de leur désir intérieur.
D’autres encore se protégeront de l’extérieur menaçant, dangereux pour leur être en ayant une conscience accrue, peut être même parfois envahissante de leur être, de l’absolu qui leur semble inconciliable avec la réalité.
D’autres encore se trouveront à mi-chemin, torturés entre leur désir intérieur et leur vie extérieure qui les fait souffrir, semble ne pas leur correspondre.

Pour essayer de comprendre au mieux cette inadéquation, source de tant de maux chez l’être humain, penchons-nous sur la manière dont se fait cette communication entre l’intérieur et l’extérieur.

Une partie de ce que l’homme va accomplir dans sa vie ne va combler que la partie extérieure ou plutôt, pour être plus juste, elle va seulement se référer à cette partie extérieure. Cette partie ne nourrit pas, en tous cas, pas directement son intériorité.
Ce sont ses besoins fondamentaux, primordiaux de sécurité: de nourriture, d’un toit pour se loger, se reproduire etc.
Et alors que l’homme s’affaire à trouver le moyen de se nourrir, travailler donc, fonder une famille pour avoir une progéniture, voilà qu’il se trouve être au coeur de certaines “expériences paroxystiques” – terme emprunté à A. Maslow – au cours desquelles il va entrer en contact, par le biais donc de ce vécu extérieur avec son intériorité.

Quelle est la nature de ces “expériences paroxystiques”?
A divers degrés:

Lorsqu’il tombe amoureux, dans l’amour qu’il ressent pour ses enfants, pour ses proches, dans ses rencontres, lorsqu’il crée une oeuvre d’art, lorsqu’il monte un projet dans le cadre de son travail ou dans sa vie personnelle qui l’exalte au plus au point, lorsqu’il est inspiré, par son travail, la nature, par un repas qu’il est en train de préparer etc.
Aussi, de manière moins évidente lorsqu’il souffre, qu’il est malade, lors des chocs majeurs de son existence.
Cette description méritera à elle seule un sujet entier tant ces expériences sont intéressantes et éclairantes sur la nature de l’humain, tant elles lui sont indispensables, au même titre que ses besoins primordiaux de nourriture.

Ces expériences qu’il va ressentir très fortement par le biais d’émotions intenses de joie, d’amour, d’exaltation, de peine vont entrer en résonance avec son être intérieur.
Au delà de l’émotion, il va rentrer dans la sensation – comme le décrit Rajan Sankaran, un grand homéopathe – sans forcément en avoir conscience.
Celle-ci correspond à son être le plus profond.

Voilà comment se crée la communication entre, d’une part, le vécu extérieur et, d’autre part, le ressenti intérieur.
Voilà le lien, voilà comment, de manière extraordinairement instinctive, tout être humain maintient la relation avec son être.

On comprend bien à quel point ce lien est fragile, combien il peut être malmené par la vie tout autant qu’elle l’entretient.
Le souci n’est pas tant dans le fait que cette communication soit malmenée car ceci est le propre de la vie vécue, je dirais même, d’une vie bien vécue.

Le souci, c’est quand cet être profond en chaque individu va être nié ou plutôt, quand ses manifestations vont être niées ou reconnues inutiles voire dangereuses.
Notamment au niveau de l’éducation, au niveau de la société, au niveau culturel.
Cette négation va entraver sérieusement le processus de croissance extraordinaire présent en chacun qui nourrit la vie et se nourrit de la vie.

Au niveau de l’éducation:
lorsque l’individualité d’un enfant, issue de son être profond n’est pas reconnue, n’est pas entendue, qu’elle est brimée voire même rejetée.
Ceci lorsqu’on confond éducation et dressage, ceci lorsqu’on ne comprend pas que l’éducation consiste à aimer, valoriser, assister l’individu dans l’émergence de sa propre individualité, originale et merveilleuse, bien distincte de la nôtre.
L’éducation est un échange enrichissant entre deux individualités. (Ceci n’exclut pas d’imposer des limites et une autorité saine et respectueuse)

Au niveau culturel:
lorsque la religion et la spiritualité sont absentes ou utilisées à mauvais escient en véhiculant des idées contraires à leur essence.
Lorsque la merveilleuse symbolique de Jésus, comme résurrection de l’être possible en chaque être humain dans sa quête du vivant se transforme en une autorité qui dicte le bien et le mal et mène à l’opposé de son essence, à savoir la tolérance de l’autre dans sa différence, son trésor d’individualité originale qui a tant à apporter.

Lorsque la psychanalyse nous véhicule des idées d’un inconscient malsain, agressif, dangereux, devant être tenu sous contrôle parce qu’ils n’ont pas compris que cette agressivité qui existe bel et bien vient justement de cette négation de l’être qui se rebelle de n’être pas entendu et de ne pouvoir manifester son trésor qui détient en lui les clés de sa propre morale, de grandes valeurs humaines, environnementales et sociales.

Au niveau de la société:
Lorsque qu’est véhiculée l’idée que la bonne santé découle uniquement et exclusivement de l’adaptation à la norme de cette même société en vigueur, en telle année, dans tel pays.
L’être humain est infantilisé au plus au point. Il est dépendant des maîtres à penser en vigueur, du dogmatisme ambiant.

Cette société n’aura pas compris que cette personne qui a si bien réussi, qui a su amener de nouvelles idées, qui a fait avancer le monde (au début contre tout le monde), la science, ce roman qui a tant touché, ému de gens, l’artiste qui a su réinventer le genre de musique qui était à la mode, se l’approprier, cette personne-là a réussi parce que, au moins pour un temps, celui de l’émergence de son oeuvre, la relation entre son être et l’extérieur a été parfaitement équilibrée.
Il a su amener à l’extérieur son idéal, son trésor intérieur.

Alors oui, cet idéal existe bel et bien et tant d’oeuvres majeures, de personnages marquant sont là pour nous le rappeler, n’en déplaisent à certains qui chercheraient à se rassurer en se convaincant du contraire.
D’autant que cet idéal ne se trouve pas seulement dans de grandes actions célèbres qui ont changé la face du monde.
Ces personnalités-là nous servent juste d’exemple et de confirmation de ce que d’autres peuvent ressentir dans leur vie de tous les jours, en exerçant un travail qui les comble, en vivant l’amour pleinement, en vivant tout prêt de leur être qu’ils apprennent à mieux connaître tout au long de leur vie, qui leur apporte tant d’exaltation, de bonheur, d’inspiration, d’idées créatrices, avec un ressenti tout particulier du monde et des autres, jouant sans arrêt avec cette communication instable qui fait toute la difficulté et la beauté de la vie.

Ces personnes bien ancrées dans leur identité, ayant accepté leur nature intérieure, nous permettront de garder la foi, de garder confiance dans des moments d’intense souffrance et de grande lutte face à des angoisses si difficiles à surmonter lorsque l’on se retrouve face à soi-même sans avoir appris à reconnaître, aimer et respecter ce trésor d’individualité.

Bibliographie:

Yves Prigent, l’expérience dépressive.
Abraham Maslow, Vers une psychologie de l’être.
Abraham Maslow, l’Accomplissement de soi. Notamment l’homme « ontique » et « déficient ».
Voir également « l’expérience optimale » ou « autotélique » de Csikszentmihalyi.
Rajan Sankaran, the other song.

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