L’amour inconditionnel, partie 1

L’être humain naît avec un instinct, un besoin, une perception puissante de l’amour. Un amour à transmettre, un amour à recevoir, un amour inconditionnel qu’il perçoit, qu’il ressent. Un amour vital qui se manifeste dans sa vie incarnée par son puissant instinct de sociabilité. “L’homme est un animal social”.

Où se trouve cet élan vital d’amour chez ce reclus, ce solitaire qui refuse tout contact ? Où se trouve cet amour chez cet agressif, violent et colérique ? Que s’est-il passé ? Nous serions tentés de penser qu’il y a les bons, les aimants, et les mauvais.On serait tenté de penser encore dans un souci d’équité et de justice que cet amour n’existe pas, que c’est un leurre, que l’homme serait seulement poussé à se marier, se lier d’amitié, aimer, juste pour accomplir un instinct de perpétuation de son espèce.

Ce serait oublier cette part subjective, chaude, mystérieuse, sacrée de l’humain.
Je suis pour ma part tentée de penser qu’il y a ceux qui ont pu manifesté cet amour, qui savent le manifester et ceux qui ne le peuvent pas. Une infinité de degrés dans la possibilité d’exprimer cet amour dans la vie incarnée. Les épreuves de la vie que cet humain qui vient de naître va rencontrer vont brider cet amour, une censure nécessaire en fait à sa survie.

Des milliards d’êtres humains qui perpétuent bien malgré eux un énorme quiproquo sur l’existence de cet amour infini et inconditionnel.

Dans un instinct de survie, pour me défendre, je vais cesser de manifester cet amour qui n’a pas été partagé, nourri, je vais le contenir, le cacher et l’autre en face va en faire de même, ne percevant plus à son tour cet amour. Je me trompe en essayant d’aimer cette personne qui me fait du mal, puis – je continuer à aimer quand en retour cet amour ne m’est pas rendu? Quand cet amour me tue ?
Cet enfant qui naît avec tant d’amour dans les yeux et dans son cœur, qui va tenter de le transmettre et qui se prendra des coups en retour. Des coups de quelqu’un qui lui-même avait cherché aussi à transmettre cet amour et qui ne l’a jamais trouvé ? Cet enfant qui se prend des coups, cet enfant violenté ne devra-t-il pas faire le choix de taire cet amour pour survivre ? (Je prends ici cet exemple extrême pour faciliter la compréhension, chaque être humain, même non maltraité se trouvant face à la même problématique.)

Deux voies s’ouvriront alors à lui, deux voies forcément distinctes, il n’en choisira qu’un seule, sous peine de se perdre dans la folie ou de mourir (Les bébés ne meurent-ils pas de ne pas recevoir d’amour alors même qu’une nourriture terrestre avait été maintenue ?) car en tant qu’enfant, il est trop fragile, trop immature, il ne peut survivre gardant conscience des deux voies possibles, il n’a pas le choix. C’est là toute la subtilité, la force de l’être humain, il a trouvé tous les moyens possibles pour s’adapter, pour rester en vie. Ce moyen-là est le rétrécissement de sa conscience, conscience au départ si vaste, emplie d’un amour inconditionnel.

Et voilà comment cette part subjective, chaude, ce trésor d’amour inconditionnel se trouve enfoui, caché, voilà comment règne en maître une autre valeur humaine, un autre trésor, une autre arme bien plus sûre, prévisible, contrôlable: l’objectif, le rationnel, la science, ce qui n’est pas “entaché”, “sali” de sentiment, de subjectivité non démontrable et instable.

Souvenons-nous qu’un seul chemin alors a pu être choisi. Soit j’arrête d’aimer et je fais cesser la souffrance, soit je continue d’aimer et cherche une raison rationnelle, logique à cet amour non partagé : je suis en faute, je suis une victime, je mérite ce “manque d’amour”, je mérite de continuer à prendre des coups, à subir la violence. L’homme dans cette impasse absolue, dans cette négation de tout amour, de toute subjectivité humaine, va devoir faire le choix unique de l’objectivité, ce choix que lui donne, que lui permet, que lui offre la vie incarnée : la logique, le contrôlable, le rationnel, la réflexion.

L’amour lui n’est pas contrôlable, quantifiable, explicable, j’ai vécu dans toutes les épreuves de ma vie la démonstration que sur ce ressenti-là, cet amour, je n’avais aucun contrôle, on pouvait m’anéantir, je pouvais mourir de n’être pas aimé et de ne pouvoir aimer. L’objectivité, la science, la mise sous silence de la subjectivité humaine est l’arme ultime et ô combien utile et salvatrice contre la souffrance intolérable de ne pas pouvoir aimer et être aimé.

La possibilité de moduler cette conscience est extraordinaire, de pouvoir cacher et non détruire notre trésor d’amour auquel on pourra accéder, le moment venu, quand on sera prêt, quand malgré tout, la vie nous aura réappris cette part de nous-même oubliée, mise en pause, en stand-by, en attente, par le biais de l’amour qu’on aura finalement pu partager.

Il faudra alors retrousser se manches pour abattre un à un les murs de défense que nous avons construits qui feront apparaître la lumière, une lumière faiblarde, fragile au début qui grandira, se renforcera jusqu’à faire émerger la lumière éclatante de l’amour. 
Cette tâche ne sera pas facile, ce sera même l’épreuve la plus difficile et en même temps la plus facile parce que guidée, encouragée par cette petite flamme qu’on a sentie et qui se renforce chaque jour sur le chemin, cette petite flamme d’amour, un amour si grand qu’une toute petite particule de celui-ci suffit à donner l’énergie suffisante pour supporter la lourde besogne de l’abattement des murs successifs, les douleurs, les crampes dans tout le corps, l’abattement devant la fatigue qu’occasionne le martèlement de ces murs, les gravats, les éclats qu’on se prendra en pleine figure.
Le contexte culturel (où la balance est si déséquilibrée, penchant du côté de l’objectivité “pure”, la pureté deviendrait-elle synonyme d’objectivité implacable ??!), engendré par cet énorme quiproquo, par cet effet boule de neige d’êtres non aimés qui ont transmis à leur tour ce leurre de non existence de l’amour inconditionnel pourra mettre des gros freins dans ce processus.

Avons-nous seulement conscience de cette retenue (qui nous occasionne par ailleurs tant de souffrance de ne pouvoir exprimer ce violent instinct d’amour!) d’exprimer une gentillesse qui nous est venue à l’esprit, une pulsion d’amour, une caresse ? Une petite voix nous retient, nous défend de cette mise à nue de notre profondeur aimante qui pourrait nous dévoiler, nous mettre en danger.
Comment se fait-il que les plus grands succès littéraires, cinématographiques tournent tous autour de la même symbolique de l’amour, la quête, la résurrection à soi-même et que si peu de gens réalisent que cette symbolique n’est pas une utopie, un rêve mais bien une réalité, difficilement accessible certes dans le contexte actuel, de tout être humain ?

L’être sensible, c’est-à-dire qui commence à prendre conscience de cette lumière qui émerge naturellement à lui (puisque c’est dans sa nature aussi : un instinct d’amour tout autant qu’un instinct de survie qui passe en premier, comment l’instinct d’amour peut-il se manifester si la vie est menacée ??) sera en proie à une lutte constante, épuisante passée à, d’une part, nourrir cette petite flamme qui émerge, commencer à ressentir, éprouver cet amour inconditionnel qui le chatouille, le titille, l’éblouit et, d’autre part, continuer à perpétrer les anciens réflexes de défense (et ceux qui demeureront toujours !) qui ont d’ailleurs toujours leur raison d’être puisque l’amour inconditionnel est seulement en train d’émerger, il est fragile, en construction, pas assez solide, menacé par chaque être qui perpétue le quiproquo bien malgré lui.

Plus concrètement donc, cet être sensible commence à manifester, à ressentir son amour, sa pureté originelle fragile, dont il peine à prendre conscience, qu’il ne parvient pas forcément à expliquer, à accorder dans cette voie unique et rétrécie qu’il avait d’abord commencé à prendre pour sa survie. Tant de freins, la culture, ses défenses, il fait timidement des petits essais qui seront couronnés de succès ou terrassés par des échecs mais parfois, la force d’exprimer cet amour lui manquera et il devra bien utilement à nouveau se défendre. Encore le même dilemme que lorsqu’il était enfant.

Mais il n’est plus un enfant, sa conscience a recommencé à s’élargir. Cette personne en face lui renvoie de la haine, de la colère. Que faire alors ? Cet amour que je ressens n’est-il pas pure folie ? Ne devrais-je pas me retrancher dans cette voie qui était mienne jusqu’à présent ? Me retrancher dans ma solitude, dans ma colère, dans ma haine ?

C’est alors qu’il prend conscience avec effroi du chemin qu’il a dû prendre, de cette solitude qu’il a choisi, de cette colère qu’il a ressenti, qu’il ressent. Désormais cette colère il est tenté de la retourner contre lui, c’est alors qu’il se blâme d’être cet humain en colère, solitaire, agressif parfois, haineux, cet humain incapable d’exprimer ce trésor d’amour inconditionnel. Comment puis-je concilier l’inconciliable : l’amour infini que je ressens en mon être profond et la colère tout aussi réelle en tant qu’émotion humaine qu’on ne pourra jamais empêcher tant qu’on sera un être humain dans le flux mouvant et chantant de la vie?

Alors il va éprouver ce va et vient qui donne la nausée, constant, épuisant entre le retranchement derrière ses défenses, dans sa colère, son agressivité et un vécu libérateur de la lumière de l’amour qu’il éprouve. Alors que désormais il est toujours conscient, y compris dans ses accès de colère, qu’il vaut mieux que ça, qu’il est capable d’un amour incommensurable. Il sera tenté d’atteindre cette perfection d’amour qu’il ressent alors même qu’elle est impossible, l’être humain en vie ne pouvant être parfait.

L’inconciliable de son monde d’enfant, l’inconciliable de l’objectivité peut devenir conciliable pour qu’enfin il puisse voir cette autre partie qu’il ne pouvait voir, cette logique illogique: oui, l’agressivité, la colère, le mépris sont des sentiments humains et seront toujours présents en tout être humain qui vit, non cela n’enlève en rien la dimension sacrée, divine, emplie d’amour de tout être humain en vie.

Et la plus lourde tâche sera de commencer à apprendre à nourrir cet amour en lui même d’abord pour lui-même, apprendre à s’aimer (avec cette dimension agressive, « impure »), se connaître pour faire grandir et exprimer cet amour autour de soi. D’apprendre aussi à accepter, laisser venir ces sentiments refoulés de colère, d’agressivité d’un être trop souvent nié par la vie, par les promoteurs de ce quiproquo géant.

Cet amour, c’est la foi.

Tant de chemins différents et tous aussi valables pour accéder à cette foi.

Tant de personnes qui ont témoigné, communiqué cette foi et cet amour, auprès de leurs proches, dans la réalisation d’œuvres majeures. Pour soutenir ce chemin si fragile, si difficile vers la foi, l’amour, pour ne jamais oublier que cette foi est bien réelle, qu’elle existe, ne serait-ce qu’à un niveau subjectif (redonnons toute sa valeur à la merveilleuse, enrichissante subjectivité humaine !), qu’elle a le droit d’exister et surtout qu’elle n’est pas seulement une utopie, un rêve pour apporter un peu de vie, un peu de joie à l’humain; elle est bien plus que cela, elle est indispensable, elle est la Vie.

Aimer, partie 2

Cet article est proposé dans le cadre du festival A la croisée des blogs, proposé par le site Développement personnel dont le thème a été choisi par Maxime, auteur du site : Heureux dans sa vie, dont je partage ce message important : « nous devons trouver notre chemin » et apprendre à décoder les signes qui nous invitent à faire ce pour quoi nous sommes faits, message qui se trouve dans notre cœur.
Je tiens à le remercier chaleureusement d’avoir proposé ce magnifique thème qui me parle tant et qui me permet de diffuser mon texte écrit il y a neuf mois maintenant : L’amour.
Et qui m’a inspirée pour écrire cette deuxième partie. MERCI  🙂

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