La souffrance humaine vue autrement

Vers une connaissance, une acceptation, un amour de la dimension humaine.

Parce que l’humain est extraordinairement complexe et riche.
Parce que je crois que cette dimension humaine si vaste fait peur.
Parce que je crois que tout humain a peur de son humanité,
L’humanité est, de par sa nature, dérangeante, troublante, mouvante.

Etre humain signifie être en vie. Etre humain signifie avoir conscience de cette vie, conscience de sa mort certaine, aussi.

Cette conscience de la mort certaine peut se transformer en angoisse dévorante du principe de vie.

Je voudrais parler ici de la connaissance, du grand savoir dont est doté l’humain aujourd’hui qui bien souvent se trouve être au service de la peur, du contrôle sur-puissant et qui lui donnerait l’illusion, la certitude même qu’il peut tout contrôler.
En oubliant d’accorder du crédit, de l’importance à une autre valeur humaine fondamentale qui, elle aussi, maintient l’humain en vie: la foi.

Je constate avec effroi qu’une grande partie de l’information est axée sur la prévention de la maladie, sur la description complète de toutes les maladies, le moyen de les éradiquer, le moyen de les prévenir surtout.
Voilà que l’humain se trouve merveilleusement bien informé, dans les moindres détails.

Il sait aujourd’hui avec précision ce qui est “bon” pour lui, d’un point de vue psychologique et physiologique.
Pour cela, il élabore des grands plans d’action de prévention.
Chaque personne connaît sa leçon sur le bout des doigts: ne pas fumer, bien manger, 5 fruits et légumes par jour, les conditions de stress, comment les éviter, comment avoir une vie saine, sans alcool, faire du sport, s’aérer, on nous dit même de prendre du temps pour soi, histoire d’éviter des risques de déprime ou de crises d’angoisse.
On commence même à savoir et diffuser que la maladie est liée aussi au stress, on cherche donc à s’en prémunir également, histoire de garder la santé. On s’entendra même dire si on va voir le médecin avec des maux de ventre à répétition qu’il faut faire baisser le stress si on veut aller mieux!
On connaît avec précision les risques qu’on encourt en prenant la voiture, en dépassant la vitesse autorisée de 10, 20 ou 30 km/h, les risques qu’on encourt à manger au McDo une fois par semaine, le risque cardio-vasculaire selon la quantité de sel ingurgité et les résultats de la prise de sang.
On connaît même notre taux de suicide plus élevé que la moyenne si on a fait une dépression…

Alors on travaille, d’arrache-pied, sans repos, on travaille à vivre bien, on travaille à un épanouissement personnel, à gagner plus pour s’offrir le sport, les voyages qui nous amèneront du bien être, un bien être qui fera baisser notre taux de cortisol et donc augmenter notre système immunitaire car nous pouvons, nous avons le pouvoir de faire reculer la mort, ah ah! Combien d’années de vie gagnées??!!

………………….. Mais quelle vie?

http://www.laprovence.com/article/actualites/1701563/on-vit-toujours-plus-vieux-mais-de-moins-en-moins-bien.html

Et avec quels résultats?
L’homme oscillera alors entre démonstration de force, de travail, de contrôle et “échecs”, percées soudaines de son humanité.

L’être humain continue malgré ce savoir qui lui est diffusé par tous les moyens possibles, de boire, de fumer, il a envie de rouler vite, de manger gras, de gueuler, d’hurler, de se ronger les ongles, de ne pas respecter les règles. Même, pour celui qui connaît quelques notions basiques de psychologie, ce savoir diffusé outrageusement lui donnera encore plus l’envie de le faire!

Car l’être humain a beau savoir, a beau vouloir, la vie lui démontre jour après jour que cette perfection-là n’est pas humaine.

Alors il se déprime, tombe malade, craque, pète un plomb, éclate.
Estime-t-il cela normal? Comment prend-il ces “écarts de conduite”?

Il va se battre, encore et toujours pour sa survie, à juste titre, pour une part mais…
Et sa vie dans tout ça, l’homme a-t-il pensé à vivre?
L’homme a-t-il appris à accepter sa dimension humaine, imparfaite, changeante, sur laquelle parfois, il ne peut avoir aucun contrôle?
A-t-il appris aussi son formidable potentiel humain? La richesse de son coeur, de sa subjectivité, la puissance de son amour et enfin, la puissance de la foi, en lui même et en l’humain?

Réaliser cela, apprendre cela, utiliser son savoir dans le sens de son humanité ne pourrait-il pas changer son rapport à la maladie, à la douleur, à l’autre, à l’univers?

L’homme oublierait-il que son coeur bat, chaque jour, 100 000 fois?
L’homme oublierait-il qu’il effectue en moyenne 23 000 cycles respiratoires par jour?
Et cela, sans bataille, sans lutte, simplement parce-qu’il vit.

Quelqu’un a-t-il pensé à rassurer, informer l’humain sur son humanité?
Quelqu’un a-t-il pensé que peut-être il y avait dans la subjectivité humaine (souffrante, honteuse, magnifique aussi pour peu qu’on la laisse s’exprimer!), dans la capacité de l’humain à croire, à espérer, à sentir, à aimer, non pas un grand danger mais un énorme potentiel, peut-être le plus grand jamais acquis malgré notre si grand savoir?

Peut-être serait-il temps de nourrir l’humain dans toutes ses dimensions, y compris cette dimension humaine honteuse, souffrante, bafouée, vraisemblablement en cruel manque de nourriture: l’espoir, la foi.

Oh, il ne s’agit pas ici de “niaiserie religieuse” (non pas que la religion soit niaise mais plutôt une certaine interprétation que pourraient en faire certains), de faire le bien et non le mal, d’être une bonne épouse, un bon parent, de dicter de nouvelles règles ou une nouvelle manière de faire.

Je parle ici de combler ce vide que cherche à combler l’humanité toute entière dans son hyperactivité.

Peut-être cette foi pour certains prendra un autre nom: la joie de vivre, croire en la vie, vivre l’instant présent, aimer, jouir de la vie et la respecter, être, simplement etc.
Je parle ici de prendre soin de l’humain, de son originalité, de sa spécificité, de son être, de son potentiel, de son désir, de son corps, de ses coups de gueules, de ces grandes percées humaines qui cherchent à poindre mais se trouvent étouffées.

Que l’humain puisse avoir le temps, prendre le temps, exiger le temps dont il a besoin pour entendre ce que lui disent ses enfants, dans leur sincère humanité non encore étouffée, ravalée, contenue si fort parfois chez l’adulte.
Lorsqu’ils crient “non!”. Lorsque leur prend l’envie de taper, lorsqu’ils se sentent frustrés, non entendus, non respectés dans leur besoin de courir, de rire, de jouer, de mimer, de partager leur passion, de crier, de se protéger aussi, de toute cette agitation ambiante, de refuser toute pression les exhortant à s’affairer dans tous les sens.

Les voir réclamer, leur donner le temps d’apprendre à se trouver cet espace entre deux mondes, cette zone neutre, cette aire transitionnelle dont parle Winnicott, dans laquelle ils peuvent faire le lien entre le dedans, si riche et mystérieux, si original et l’extérieur, si différent, si effrayant  si on n’a pas eu le temps d’avoir cet espace qui nous ressource, nous protège et nous permet de se nourrir sans crainte et avec épanouissement de ce monde extérieur.
Réapprendre avec eux à redessiner, recréer cette zone intermédiaire que, peut-être, nous avons perdue ou n’avons jamais apprise et qui certainement nous rend si vulnérables et nous oblige à nous retrancher derrière une rationalité excessive, une méfiance excessive à l’égard de l’espoir qui n’est plus aux yeux de certains qu’une belle illusion enfantine.

Avons-nous le temps de leur apprendre à se protéger, à se faire confiance, à s’aimer?

Quelqu’un a-t-il pensé que peut-être l’être humain qui souffre tant, souffre en grande partie de ce que cette souffrance est vue comme inacceptable, inavouable, honteuse, dangereuse?

Quelqu’un a-t-il pensé aux dégâts de ce type d’information, je cite:
“La dépression est bien une maladie, c’est même l’une des maladies psychiques les plus répandues. Due à une altération des fonctions biologiques du cerveau, elle se manifeste notamment par un changement profond de l’humeur et une tristesse inhabituelle et persistante, qui durent au delà de quinze jours. Les personnes qui en souffrent sont bien souvent victimes de préjugés. Or, elles ne se complaisent pas dans cet état. Elles ne peuvent simplement pas en sortir sans être aidées (par leur médecin traitant qui les oriente au besoin vers une psychiatre ou un psychologue)”?

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Tant de froideur, tant de déshumanisation!
Voilà que cette personne qui exprime toute son humanité, son besoin de vivre, sa peur de mourir, de ne pas vivre pleinement, voilà que cette personne est cataloguée, étiquetée froidement comme une pauvre victime d’un phénomène atroce, honteux et à qui on ne donne même pas l’espoir de s’en sortir toute seule. La seule issue pour cette pauvre victime, victime biologique, victime de sa machine qui s’est mise à dysfonctionner, est celle de s’en remettre à son médecin tout puissant qui, lui, détient le savoir.

Ne devrait-on pas plutôt dire à cette personne qui souffre (ne l’oublions pas, c’est bien une personne!), que vivre en tant qu’humain n’est pas chose facile, que cette tristesse qui l’accable n’est pas une culpabilité, une faute, que c’est une réalité, une difficulté somme toute humaine dont il est extrêmement difficile de sortir mais qu’une issue est possible, non pas d’une manière, mais de mille manières, aidée par son médecin ou une amie, ou une personne chère ou un évènement inattendu de sa vie, par de la bonne nourriture aussi, des plantes, peut-être des médicaments, pour un temps, si cela peut l’aider; qu’elle se donne le droit aussi de s’étaler, se reposer, d’arrêter d’être parfait, de travailler d’arrache-pied pour être fort.

Que la force réside aussi dans le repos.

Le repos du guerrier bien mérité. Pour que cette guerre cesse, cette guerre contre la vie, contre la mort.

L’humain doit, peut retrouver toute sa confiance dans ses capacités d’auto-guérison (il y a des personnes qui travaillent dans ce sens) , dans ses manifestations de douleur, aussi, qui font partie de la vie.
Et cela ne veut pas dire accepter de souffrir sans se soulager!
Et cela ne veux pas dire se perdre dans l’imaginaire et le fantasme. Il ne s’agit pas de faire pencher la balance de l’autre côté mais bien de l’équilibrer: écouter son coeur, son intuition, le guider avec la raison et la science qui restera toujours au service de l’humain, ne serait-ce que par instinct d’évolution, d’apprentissage qui existe en tout être humain qui a maintenu un contact avec son être.

Cela veut dire accepter de se reposer de cette vie que l’on mène parfois en guerrier sans repos.
De se donner les moyens d’éprouver du plaisir aussi, un autre plaisir que celui du contrôle, bien plus puissant, bien plus nourrissant, primordial, fondamental: l’abandon, le laisser aller, la confiance dans la vie.

Vivre, permettre à cette vie aux trois-quarts engloutie par la peur d’émerger, au départ timidement, pour finir par irradier de toute sa lumière.

Une lumière qui donne un énorme pouvoir.

Celui de se sentir responsable, celui de se sentir capable, maître de sa vie et de son destin.

Ce sentiment ne signifie pas une toute puissance mais bien au contraire une grande humilité. Celle d’être un humain en vie, avec ses peurs, ses doutes, ses douleurs, ses grands espoirs aussi, ses joies, ses plaisirs.
Quelle jouissance que de sentir cet amour grandir, ce désir de vivre, de créer, d’innover, chaque jour!
Avec d’autres humains qui viendront enrichir notre formidable humanité, en se rapprochant instinctivement de ceux qui cherchent à la faire grandir, comme nous et non l’annihiler.

Je ne manquerai pas d’illustrer mes propos sur l’importance fondamentale de la foi, de la croyance, du sens, de la confiance, de la responsabilité redonné à l’humain dans son processus de guérison.
Et cela peut paraître difficile, c’est pourtant tellement simple si les professionnels de santé intègrent à leur connaissance une sorte d’éthique de l’humain, de respect, de confiance en leurs patients qui détiennent la clé de leur guérison.
Il s’agit qu’ils les aident à sentir cette clé, à y croire.
Il s’agit de réaliser combien il est délétère, dangereux pour l’humain de lui balancer une connaissance brute, sans cette éthique.

Parce que je crois que cette dimension humaine si vaste est d’une richesse insoupçonnée,
Parce que je crois qu’il est possible de surmonter cette peur,
Parce que je crois qu’il n’est pas plus grand trésor que cette humanité.
Voilà le plus grand et difficile combat de l’humain: croire ou ne pas croire.

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2 réflexions sur “La souffrance humaine vue autrement

  1. Magnifique texte ! Au fond c’est la mécanisation de l’homme par lui-même que vous dénoncez merveilleusement bien.
    Souffrir, derrière ce mot en effet existent peu d’interprétation en dehors de celles qui répondent le bien souvent à un mécanisme socio-économique alors qu’il peut renfermer bien d’autres choses et demander davantage de recul et de réflexion.
    Nous sommes dans la société de l’immédiat, du spectacle, de la raison ou plutôt de notre raison qui nous interdit ou du moins décrédibilise tout autre réflexion qui ne reposerait pas sur des bases mathématiques.
    Les individus souhaitent guérir, aller mieux, mais les remèdes ne sont que provisoires car l’origine c’est nous, c’est eux, c’est tout ce que nous avons construit depuis les siècles des siècles.
    Nous nous auto-censurons, autoproclamés maîtres de la pensée, des pensées, ce titre nous oblige à suivre des règles que nous avons nous-même énoncées. Prisonniers de nous-mêmes, l’allégorie de la caverne n’a jamais avoué que les hommes s’étaient peut-être eux-mêmes enchaînés.

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