DSM et troubles psychiatriques, vers une nouvelle vision de l’humain – partie 2 –

Note : aujourd’hui, trois ans après, j’accompagne les personnes, en mots et en soins énergétiques, et je forme à l’Art de la guérison, pour plus de renseignements, je vous invite à vous rendre sur http://www.etrehumain.fr. A lire aussi ceci, écrit plus récemment : la Dé-pression, j’entends des voix, je vois des signes partout, à me rendre fou, à bientôt, peut-être « en vrai » 🙂 !

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Le DSM, qu’est-ce que c’est?

Le DSM, c’est la bible des psychiatres, la référence, c’est un très gros dictionnaire dans lequel sont répertoriés tous les troubles psychiatriques, avec des définitions précises, des critères précis qui aident à établir un diagnostic psychiatrique, dans l’optique, aussi, d’administrer le traitement médicamenteux approprié.

Le problème, c’est que le volume de cet ouvrage ne cesse d’augmenter de manière assez spectaculaire: 106 pathologies en 1952…. 297 en 1994!
De plus en plus de professionnels s’insurgent et invitent à prendre du recul sur ce manuel.

“La labellisation des troubles psychiques, l’inflation des étiquettes, «dépressif», «phobique», «cyclothymique», voilà sans doute l’une des premières causes des reproches adressés par une grande partie des professionnels du psychisme au DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). Cette bible médicale internationale, éditée par l’American Psychiatric Association depuis les années 1980, égraine des listes de symptômes et de comportements «ineptes» sur lesquelles les cliniciens sont censés s’appuyer pour poser leur diagnostic. Ce mois-ci, c’est une nouvelle version de ce manuel qui sera publiée (le DSM 5), publication qui suscite de nombreuses controverses, que ce soit outre-Atlantique ou en Europe.”¹

Une logique de marché

D’une part, le DSM répond clairement à une logique de marché:

“plus de la moitié des experts impliqués dans la rédaction du DSM ont un lien financier avec un ou plusieurs des laboratoires pharmaceutiques fabricant les remèdes recommandés pour traiter les “pathologies” que décrit le manuel.”²

La nécessité de l’établissement d’une norme commune

D’autre part, il répond aussi à un besoin évident, pour les professionnels, de s’y retrouver, d’avoir une norme commune, une sorte de grille de lecture des maux de leurs patients.
C’est le penchant rationnel, logique de notre cerveau qui a besoin de mettre dans des cases tout ce qu’il appréhende, tout son savoir.

Il est évident que cette classification est un outil utile, il devrait rester un outil.

L’intérêt aussi de cette norme commune est de permettre aux “malades” de se retrouver au sein de communautés souffrant des mêmes maux, sur internet par exemple.

“Combien de patients, une fois diagnostiqués, peuvent désormais rejoindre sur Internet une communauté d’autres personnes atteintes du même mal et glaner toutes les informations nécessaires à la compréhension de leur trouble?».”¹

Pour aller plus loin sur le DSM, revue de presse critique:
http://www.agidd.org/Revue_de_presse_DSM5.pdf

“Tendance à diagnostiquer à tout va en Occident”, Quand l’outil a pris trop de place

“Comment justifier que le désir d’appartenir à un groupe, le souci des autres, le fait d’anticiper les situations ou la capacité à considérer les événements avec humour y soient présentés comme des mécanismes de défense et non comme des attitudes saines et appropriées? De toute évidence, le DSM est en train de pathologiser de nombreuses expériences humaines absolument banales.”²

Emilio de La Rosa (mentionnons au passage ses nombreux titres qui sont si importants dans notre société: médecin, diplômé en santé publique et gestion des services de santé, docteur en anthropologie et écologie humaine, actuellement membre du Comité international de bioéthique de l’Unesco) dénonce également cet état de fait: à l’heure actuelle, nous transformons en pathologie des phénomènes banals dans la vie humaine.

Les médecins, les personnes sont-ils encore conscients du fait que ces étiquettes ne sont que des outils?

Où se situe la norme?
L’humain peut-il se situer dans une norme devenue aussi stricte, poussée à l’absurde?

Cette norme correspond aux valeurs actuelles de la société occidentale, valeurs issues d’une vision mécaniste et matérialiste de la vie et de l’humain poussée à l’extrême.

“L’homme moderne du 20ème siècle est cependant handicapé par un système de croyances matérialiste et trop réaliste qui tend à mépriser ces processus thérapeutiques autonomes. L’homme moderne a malheureusement un hubris – N.d.T. “orgueil” – de la conscience (Jung 1960) qui lui fait croire que tout ce qui est mental peut être accompli à un niveau conscient et volontaire. De tels efforts de volonté viennent souvent se placer en travers du chemin des processus naturels de guérison.”³

Dans ce système de pensée matérialiste et mécaniste, l’humain se trouvera bien évidemment soulagé de se voir mettre cette étiquette.

“Soit. Mais de nombreux patients, de leur côté, confient le soulagement ressenti lorsque le mal dont ils souffrent est enfin nommé. Ainsi, cette ancienne toxicomane: «Le jour où un psychiatre m’a expliqué que je souffrais d’addiction, j’ai eu l’impression d’être enfin comprise.»”¹

Cet apaisement vient de ce que cette étiquette redonne une place à l’individu dans la société où il vit en lui permettant une adéquation avec le système de valeurs de la société dans laquelle il se trouve.
Je ne suis plus anormal, je suis rangé dans cette “case” qui me rend ma normalité, qui me redonne une place dans cette société en tant que “dépressif”, anxieux” etc.

Une société avec une norme placée très haut, une norme devenue de plus en plus inhumaine.

Un apaisement illusoire qui laisse peu de place à l’évolution naturelle d’un individu

Cet apaisement est illusoire pour celui qui entrevoit un autre système de pensée, d’autres valeurs et c’est en général le cas de celui qui souffre d’une maladie psychiatrique, je parle ici de maladies psychiatriques “mineures” (psychoses, dépression, bipolarité, anxiété, crise d’angoisse, hyperactivité et autres nombreuses appellations inventées par le DSM etc.): une inadéquation au système.

Il pourra donc de manière sournoise lui causer plus de souffrances qu’il n’y parait.

Souffrance de passer à côté des chances d’évolution que permettent la maladie, l’inconfort, la souffrance

La souffrance, c’est de se dire que cette maladie est une inconstance,
en croyant que l’humain doit être constant,
une erreur,
en croyant que l’humain ne doit pas se tromper,
quelque chose d’anormal à mettre sous silence,
en croyant que l’humain ne doit pas se dévoiler,
à bâillonner, à contrôler,
en croyant que l’humain peut tout contrôler,
à étouffer,
en croyant que l’humain peut étouffer, oui, seulement pour un temps.

Souffrance de ne pouvoir entendre le message de la maladie
La souffrance, c’est de ne pouvoir donner un sens à la maladie: cette maladie est seulement une anomalie, une fragilité. Le travail consiste seulement à l’éradiquer. On ne cherche pas le pourquoi, le sens.

Souffrance de se sentir enfermé dans une étiquette qui perdure
Cette souffrance, c’est de s’identifier, par cette étiquette, à cette maladie: je suis anxieux, je suis psychotique, je suis dépressif, je suis fragile.

Rappelons la distinction pertinente à ce sujet que fait Thierry Janssen entre être malade et avoir une maladie.

Continuer à nourrir la peur qui entrave l’évolution

L’être humain d’aujourd’hui a peur.

Sa plus grande peur lui vient de ce qu’il est persuadé de tout pouvoir contrôler, étiqueter, appréhender, comprendre.
Cette peur nous vient justement de cette vision matérialiste des choses, de l’humain, de la nature, l’être humain peut la contrôler, la dominer.

Alors, dans ce système où tout est contrôlable, le jugement sera implacable.
Le jugement de la société.
Notre propre jugement.

“Mais personne ne nous maltraite plus que nous-mêmes, car ce sont le Juge, la Victime et le système de croyances qui nous poussent à agir ainsi”*

De n’être pas à la hauteur, d’être inconstant, anormal: « tu ne devrais pas faire ça, il n’est pas normal d’agir comme cela, de réagir comme cela etc. »
Toute cette manière de penser “judéo-chrétienne” axée sur ce qu’il est juste de faire et ce qui ne l’est pas, sur la culpabilité et le jugement.

Un apprentissage de toute notre enfance, de toute une vie.

Ce jugement va causer une telle culpabilité, insoutenable, que nous serons poussés à se trouver des excuses, des étiquettes qui nous soulageront de cette culpabilité, qui nous autoriseront, qui nous donneront ce droit auquel nous avons été habitués et que notre mental nous réclame constamment, souvent de manière inconsciente.

Ouf, j’ai le droit d’être fatigué à l’extrême: je suis dépressif.
Ouf, j’ai le droit d’entendre des voix: je suis délirant.
Ouf, j’ai le droit d’être inconstant: je suis cyclothimique.

Ces étiquettes me libèrent de ma culpabilité.
Ces étiquettes me libèrent de ma responsabilité.
Ces étiquettes me libèrent de mon rôle d’humain responsable, capable.

Ces étiquettes m’enlèvent ma liberté d’être humain en vie, en évolution, cyclique, mystérieux, improbable, épatant, déconcertant.

“La peur et la souffrance sont des composantes importantes du rêve de la planète; ce sont les instruments qui maintiennent chacun tout en bas.”*

J’ai le droit d’être tout cela, je suis humain, je suis EN VIE.

Suite: Partie 3

¹ Extrait de l’article du figaro:
http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/05/10/20493-psychiatrie-faut-il-ranger-malades-dans-cases
²  Le défi positif, Thierry Janssen
³ Traité pratique de l’hypnose 
Milton Erickson, L. Rossi, I. Rossi
* Les quatre accords toltèques, Don Miguel Ruiz

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