Lever le voile, partie 1

L’occasion m’est donnée ici par Arnaud Guetcheu, auteur du site Terre de repos, à l’occasion du festival A la croisée des blogs (initiative de Développement personnel), d’aller un peu plus loin dans le partage de mon cheminement. Il est explicitement demandé de se mettre à nu et de partager une libération qui aurait « boosté » notre cheminement (« Ce qui a boosté mon cheminement« ).
Je le REMERCIE du fond du cœur, écrire cet article fait partie, aussi, de ma guérison, quelle belle expérience de revenir sur son parcours en écriture !

Voici donc un retour en arrière de manière condensée sur mon chemin depuis le début, il y a sept ans environ, jusqu’à la libération majeure, encore toute fraîche, libération dont j’ai déjà commencé à vous parler, et dont je vous parlerai encore !

Point de départ : je suis nulle, j’ai mal partout

Je suis en grande souffrance physique et morale et j’ai du mal à l’accepter, à l’admettre, cela étant le fait pour moi à l’époque d’une trop grande culpabilité : celle d’être coupable de ma souffrance.
Je pense de moi que je suis nulle, une grosse m…., stupide, je suis un être hypersensible et hyper fragile.
Ma plus grande force pour moi à ce moment-là est de ne pas admettre cette souffrance, de voir que je suis capable de me tenir debout, de sourire et surtout, de prendre soin de mes proches. Je fais alors cela à merveille et passe plusieurs années à aider les uns et les autres.
Je suis contre toute forme de psychologie, j’estime que je suis très bête et que je suis incapable de lire ou d’écrire, d’ailleurs, cela ne m’est jamais venu à l’esprit.
Les seuls bouquins que j’ai lus jusqu’à maintenant sont ceux imposés par mes études, jusqu’à la fac d’italien, la licence, puis l’année du Capes, année où j’ai tout bonnement décidé de tout arrêter et de me consacrer à ce qu’il me semble alors juste pour moi : mon foyer, mon mari, ma famille ainsi que faire un enfant.

Alors même que je cherche à aider un de mes proches en difficulté, j’essaye de traîner cette personne de force chez le psy (! :D), je me retrouve seule face à cette psy et celle-ci saisit l’occasion pour prendre soin de moi.
Je fulmine, éclate en sanglots : je n’en peux plus, je suis au bord du gouffre, mon corps (mon dos, mes articulations) me fait souffrir à un point tel que je me sens vieille, en fin de vie, au bout du roulot…
L’idée même que ces douleurs puissent être “psychologiques” m’est insupportable, une culpabilité écrasante. Pourtant, je commence à me faire à cette idée et je travaille sur moi, sur mon corps, sur ma manière de vivre.
Je poursuis donc le travail avec cette psy qui devient ma psy, je me mets à pratiquer le yoga, je me tourne vers l’homéopathie et je commence à modifier, pas à pas, mon alimentation.
J’essaie à ce moment-là d’être enceinte et ça ne vient pas.
Culpabilité. Une partie de moi se dit que c’est psychologique, encore ; une autre partie de moi résiste à cette idée, j’ai besoin de me défendre de cette culpabilité insupportable.

Pourtant, je commence à voir à ce moment-là que l’homéopathie me soulage, je vais voir aussi une ostéopathe un peu spéciale qui ne fait que poser ses mains sur moi et l’effet me bouleverse : ma douleur cède sous ses mains.

Etre enceinte, ne plus avoir mal

Je poursuis alors dans ce sens, yoga, psychothérapie, homéopathie pour faire céder une à une mes douleurs et surtout, pour être enceinte.
Au bout d’un an et demi d’essais infructueux, mon mari et moi nous tournons vers la médecine, pour vérifier que tout va bien. Les résultats ne sont pas très bons…
A ce moment-là, je tombe sur cet autre ostéopathe, plus officiel celui-là, chose capitale pour moi à l’époque, un médecin. Celui-ci lors d’une séance, alors que je lui parle des résultats me dit alors qu’il n’y a aucune chance, avec ces résultats, que je puisse être enceinte.
Colère, rage, une partie de moi n’est pas d’accord, une partie seulement.
Souffrance, lutte intérieure, une lutte qui se poursuivra encore longtemps…!
Je décide alors de me faire à cette idée (tout en ayant une partie de moi qui croyait toujours!) en m’inscrivant en fac de médecine, la médecine m’ayant depuis toujours passionnée.
Je fais ma lettre de motivation, je m’inscris en me disant : mon souhait le plus cher est d’avoir un enfant, cependant, si la vie en décide autrement, je serai médecin.
Voilà que le mois suivant cette décision, je tombe enceinte !
Surprise énorme, joie incommensurable, je suis seule dans les toilettes et je pleure toutes les larmes de mon corps !

Réveil en douceur d’un long sommeil, entre peur et joie

La vie que je sens grandir en moi, les ouvertures dans mes perceptions, mon évolution, m’ouvrent alors les portes d’un monde nouveau.
Peu à peu, mon mari et moi, nous regardons moins la télé, nous empruntons des livres à la bibliothèque et voilà que commence la découverte de tout un monde, celui de la connaissance, celui de la prise de conscience.
Nous nous réveillons petit à petit d’un long sommeil.
Je me souviens de ce livre marquant retraçant l’histoire de Ryokan, moine, ermite, calligraphe et poète japonais, ce livre nous enchante, nous ouvre un monde merveilleux qui a toujours été en nous ! Nous passons de longues soirées d’été dans notre jardin, côte à côte, dans nos transats, avec une couverture douillette que nous partageons.

Les choses s’accélèrent, la grossesse se poursuit avec ses émerveillements, ses doutes, ses peurs. Fin de grossesse difficile, beaucoup de repos, de solitude forcée, de questionnements.
Solitude, face à face avec moi-même insupportable pour moi à l’époque.
Et une joie grandissante aussi, dans ma vie, dans mon couple.
Des nuits entières à discuter, à réfléchir, à refaire le monde !

Les peurs me rattrapent, j’ai accouché, les nuits sont courtes et je me sens toujours aussi nulle, peur d’être une mauvaise mère, peur de transmettre à mon enfant mes peurs, dont la plus grande : le fait que je me sente nulle et que donc lui aussi puisse se sentir nul. Peur pour moi, peur pour lui, peur pour mon couple.
A chaque instant, cette conscience grandissante de moi-même, de mes peurs et de mes doutes, me fait peur.
La souffrance est telle que je doute à chaque instant de cette conscience grandissante, de ce parcours dans lequel je me suis engagée, bien malgré moi.
La chose que je souhaite plus que tout est de me sentir bien, d’être heureuse et voilà que ce cheminement ne m’apporte que souffrances, doutes et peurs !

Pourtant quelque chose me pousse, encore et toujours, à poursuivre.
Je vis des épisodes dépressifs plus ou moins masqués (je tiens toujours le coup, j’ai une force incroyable !), je continue d’assurer, de prendre soin de mon enfant, de sourire et pourtant, lui ne sourit pas beaucoup.
Culpabilité, écrasante, encore et toujours renforcée par cette empathie et cette sensibilité qui m’handicape à chaque instant… Mais je m’accroche, je poursuis ! Je navigue entre conscience grandissante, lecture de livres et rencontres multiples avec d’autres mamans pour ne pas trop me trouver face à cette solitude insupportable !

Elever mon enfant à plein temps me fait mener une vie toute nouvelle aussi : beaucoup de balades, prendre le soleil, se baigner dans la mer, instants magiques au bord de l’eau, en silence, avec mon bébé sur mon ventre, savourant la beauté de ces instants.
Redécouverte de la nature, de la simplicité, préparer les repas, découvrir le goût des légumes, le plaisir des joies simples de la vie.
Je suis en colère aussi, moins disponible envers mes proches et eux ne sont plus là aujourd’hui, en tous cas pour certains ! J’apprends à gérer ma colère, à “prendre sur moi”. J’ai commencé à apprendre, avec la psycho, à plus prendre soin de moi, à réaliser aussi que mon besoin de prendre soin de mes proches venait d’un besoin de prendre soin de moi, surtout ; j’apprenais que je ne leur rendais pas service, à être trop sur eux, à être le pilier sur lequel tout le monde s’appuie…

Je me suis donc résolue à prendre enfin soin de moi, même si une partie de moi déteste cette idée de prendre du recul sur la peine et les difficultés des autres que je ressens si fort en mon coeur.

Ouverture, réveil fracassant…

Alors j’ai commencé à réaliser que je pouvais “nuire” aussi à mon mari, à mon bébé, à être trop sur eux, en fusion.
J’ai cherché des cours, des distractions pour sortir un peu du foyer et prendre soin de moi. Cette idée m’était difficile ! Comment pouvais-je renier sur le temps précieux qui pour moi, ne pouvait , ne devait qu’être consacré à ceux que j’aime le plus au monde !?

Et alors j’ai découvert qu’en prenant plaisir à être ailleurs, je revenais toute nouvelle, “meilleure” encore que si j’étais restée. Je découvrais que ma bouffée d’oxygène était la leur aussi !
Ces choses qui bougeaient étaient bénéfiques mais difficiles aussi à intégrer, des milliards de voix discordantes résonnant dans mon esprit toujours plus !
Au plus je m’”ouvrais”, au plus ma joie grandissait, au plus la torture était grandissante !
Torture de mille voix cacophoniques et discordantes : la nouvelle moi, l’ancienne moi, les voix des autres aussi, des voix nouvelles et mille autres venant de je ne sais-où !
Sans jamais savoir laquelle était juste.

Alors donc que mon ouverture sur le monde se faisait enfin, après un long repos dans le cocon de mon foyer protecteur et réparateur, des rencontres se sont faites qui ont poursuivi l’ouverture qui s’était initiée.
Rencontre de l’Autre pour se trouver après un long temps de solitude et de recul, miroir fracassant, détonnant.
Tempête, bouleversement, là ce n’est plus en douceur, en lenteur que cela se fait, ça explose littéralement.
Mes peurs les plus fortes, mes croyances les plus grandes, mes fondations explosent littéralement.
Répercussions dans mon foyer, le calme de toujours qui régnait alors se meut en discussions et crises détonnantes.

Le doute et les peurs grandissent, je n’ai même jamais douté de ma vie à ce point alors même que l’ouverture, fracassante, éclairante, se poursuit.

Et toujours la même question : merde, depuis le début, je recherche le bonheur et il semblerait que je m’en éloigne, qu’ai-je donc fait ici …??? Avec tous ces questionnements, ces lectures, ces rencontres, ce fouillis, ai-je pris le bon chemin…?
Ce qui me “rassure” alors est de me dire que quelque part, je n’avais pas le choix en ce sens qu’une force plus grande que toutes les autres me pousse depuis le début dans ce sens.
Cette force là semble être mon amie.
Alors je poursuis malgré tout.

Je lis énormément, je dévore même des dizaines et des dizaines de livres comme je n’en ai jamais lus dans ma vie…!
Auparavant, lire un livre me prenait un temps fou, j’abandonnais souvent, tellement je manquais de concentration et de désir.
Je me mets à écrire, un journal de bord, pour commencer, puis je crée ce blog, il y a un an maintenant, après avoir lu le merveilleux livre d’Yves Prigent, L’expérience dépressive qui réveille mon désir de Vivre.

Je commence de plus en plus à m’entourer de ces personnes qui ont cette étincelle dans le regard et qui semblent trouver un écho lointain dans mon cœur.
Des médecins pas comme les autres, ceux-là qui me font passer cette confiance et cet amour qui sont miens aussi, étrangement, alors même que ces concepts vont et viennent en moi sans encore trouver un ancrage profond.
Ou bien ces valeurs-là d’amour et de confiance sont au plus profond de moi, tellement masqués qu’ils me donnent l’impression d’aller et venir ?
Ce va-et-vient est-il extérieur ou une illusion de mon mental ?

Dans cette confusion énorme, cette souffrance atroce, je cherche un outil, je cherche ce quelque chose qui n’éveille pas de résistance, qui coule de source pour moi.
J’ai toujours été indomptable quelque part, refus de tout ce qui devrait se faire par la force.

Lever le voile, partie 2

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Une réaction sur “Lever le voile, partie 1

  1. il faut savoir penser à soi, se faire plaisir, se complimenter, et aussi ne pas avoir peur de consulter des personnes compétentes pour leur expliquer notre mal-être et l’écriture est une bonne thérapie

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