L’enfer

La dernière couche.
La plus épaisse, la plus ancienne, la plus forte, la plus dure.

Le coeur.

Je suis forte de l’effeuillage d’une centaine d’entre elles et pourtant me voilà ici face à la plus terrible des épreuves.
Ma peur avait été mise à l’épreuve, mon courage, la force nécessaire, pourtant ici je me demande si j’en serai capable.
Et je ne m’y attendais pas.
Après cette Grâce indicible, ce bonheur extraordinaire, la rencontre avec le maître des lieux, la maîtrise, la lumière, comment puis-je être plongée dans un tourment aussi violent et destructeur…?

Je ne suis plus capable de réfléchir, je ne suis plus capable de penser, de raisonner, de rire, d’être inspirée, suis-je encore capable de vivre, de supporter cette énième épreuve ?
Mon corps n’en peut plus, je suis à terre. Recroquevillée, enserrée, les yeux grand ouverts, comme ils ne l’ont jamais été auparavant.
Douloureuse mise à nue.
Ouverture béante de mon cœur qui saigne, qui saigne, à n’en plus finir, comment survivra-t-il ?

You used to lift me up, now you get me down me dit Archive.

Impossible d’écrire alors à ce moment-là, juste le vide, le rien, la douleur la plus atroce, le doute le plus effrayant, mes démons les plus profonds, l’enfer, oui, l’enfer, je vis l’enfer, est-il seulement possible de vivre l’enfer ?
Est-il seulement possible de revenir de l’enfer ? Ma raison résistera-t-elle ?
Mon corps résistera-t-il ?

A ce moment bien sûr je n’ai pas cette réponse, seulement ma Foi, construite au fil de l’effeuillage, je suis plus forte que jamais, plus vulnérable que jamais.
Je prends le risque, j’y vais, de toutes façons, je n’ai pas le choix.
Est-ce que je reviendrai ?
Je ne sais pas.
J’y vais, pour de bon.

She leaves me in my darkness,
I have to face, face my fear.

There’s nobody here… For me, now…. M’assène encore Archive que j’écoute.
La musique, encore toujours, elle qui vibre avec mon cœur sans mots, sans comprendre pourquoi, comment, juste sentir, entendre ce son qui me correspond, à ce moment précis de ma vie.

Je cherche, je cherche quelque chose pour m’assurer, une béquille, une aide, une assurance que je reviendrai.
C’est impossible, je suis seule ici, c’est Moi, mon cœur, mon Etre.
Je demande l’isolement le plus total. Le noir. Je suis recroquevillée et je voyage.
Car j’ai beau être au cœur du plus terrible des tourments, du plus grand désespoir, de la plus grande confusion, je suis bien là, moi, avec mon vécu, ma force, ma Foi.

Commence alors la visite de mon enfer, le plus terrible des enfers, les plus dangereux des démons, mes démons que j’ai eu l’occasion de rencontrer durant mon voyage.
J’ai la Foi, le plus grand des pouvoirs mais ce pouvoir ne me donne aucune sécurité, aucune assurance.
J’ai peur, j’ai peur, j’ai mal.

L’observation commence, horrifiée, tremblante, hurlante.
La guérison aussi, se poursuit, elle s’installe, se met en branle, physiquement, lors de mes soins-voyage, je peux désormais le sentir, sentir le mouvement dans mon corps, les poussées, les tensions, le torrent puissant qui dégomme tout sur son passage.

Des images, des visualisations.
Un liquide noir et visqueux qui sort ici, de nouvelles racines qui poussent là, sous mes pieds, des barrages forcés, détruits, des fleurs qui fleurissent et s’épanouissent un peu partout. Des tensions énormes dans mon cerveau que je sens littéralement se réorganiser, bouger sous mes mains.
Le mental. Le doute.
Mon corps bouge, encore, je sens chacune de mes cellules qui s’agite, qui vibre, tout se réorganise en moi, nouvelle programmation de cet ordinateur trop longtemps programmé sur une illusion, un leurre, une souffrance, une prison.

Je sais – crois – à ce moment que je risque la folie.
Je sais – crois – à ce moment que je risque la mort.

Je sais aussi, pourtant, que j’en ressortirai. Ma Foi. Mon foyer.
Ils sont là, je suis bien là, je poursuis mon voyage au cœur de l’enfer et de la plus grande des lumières accompagnée par mon mari et mon fils qui m’envoient tout leur soutien et tout leur amour, alors qu’ils ferment la porte pour me laisser seule affronter mes démons dans le noir le plus profond.
Je les entends au loin, ce bruit familier, ces rires, cette vie que j’entends m’entoure de cette énergie rassurante et bienfaisante dont j’ai besoin.
Ils me font confiance, depuis toujours, encore plus au cœur de cette terrible épreuve dont ils savent que je suis la seule à pouvoir l’affronter, l’épreuve de mon être, l’épreuve de ma vie.

Je passe donc plusieurs jours dans un désespoir profond mais que je n’interprète plus de la manière officielle, cette illusion que je m’apprête à quitter pour de bon pour aller à l’encontre de la vérité, de ma vérité.
Une partie de moi sait que c’est mon épreuve décisive. Mes démons d’hier surgissent et montrent leur vrai visage, plus forts que jamais, plus armés que jamais, avec une subtilité déconcertante.

Mais je ne suis plus la même, moi aussi je suis plus forte que jamais.
Et ces forces-là ennemies sont en moi, elles font partie de moi et je me connais bien, je les connais bien.
Je ne rentre plus dans leur jeu, je ne rentre plus dans ce que je sais désormais être une illusion, une illusion à laquelle j’ai adhéré pendant longtemps et à laquelle je n’adhèrerai plus.

Je sais le pouvoir de cette illusion, je sais le pouvoir de ces démons, je le vis, je ne peux empêcher leur action sur moi, à ce moment.
Je sais que je ne puis que lâcher les armes, les observer, les traquer, les connaître, encore, mieux, qu’ils puissent se prendre à leur propre piège.
Ne pas rentrer dans leur jeu.
J’ai acquis une certaine maîtrise depuis.

L’Amour, la Confiance, le Lâcher prise, la Patience.

Ces forces qui m’ordonnent d’agir, qui cherchent à comprendre, qui me blâment de ne pas trouver une solution, qui m’exhortent à sortir de ce trou noir, à quitter le navire, à stopper le voyage tant qu’il en est encore temps.
Mais je sais, le Maître des lieux est là, il me souffle de poursuivre, alors même que sa voix est petite, que je doute, que je ne sais plus qui est le maître.
Je refais alors le silence en moi et Il revient, m’insuffle à nouveau cette bienveillance, cette douce énergie rassurante pour poursuivre, hurler, laisser couler ce torrent de larmes purificatrices sur toute cette souffrance inutile, qui ne m’appartient pas, pour faire vivre mon cœur dans sa totalité, mon amour, enfoui sous cette ultime couche de souffrance.

J’observe, encore, toujours, effarée, effrayée, hallucinée et je poursuis le voyage, je poursuis la guérison, le mouvement se poursuit, c’est long, c’est long, Dieu que c’est long…!
Un milliard de voix discordantes qui se déchaînent, dans tous les sens, tous ces sens qui vont à l’inverse de mon cœur, qui me font du mal, qui me jugent, me tourmentent, me déchirent.
Cette longueur, cette lenteur me décourage mais j’ai la Foi, mon Amour, ce torrent d’amour qui poursuit son déferlement sur tout mon être.
Je sais à ce moment que je ne peux pas penser, que je ne peux pas raisonner, que je ne dois pas raisonner car ma raison est sous le contrôle de cette force malfaisante, de cette illusion destructrice alors je m’abstiens pour un temps de raisonner, alors même que j’aime ma raison, que je connais sa nécessité mais je ne mets plus dans des cases, je jette ces cases, ces logiques illogiques, fruit d’une illusion ancestrale, de ces suppositions dont je ne veux plus qu’elles gouvernent mon être…!

Je sais que ma raison reviendra, au service cette fois de mon cœur.

Je fais confiance ici et maintenant seulement à mon cœur, à ma vérité, silencieuse, mon refuge dans lequel je me terre régulièrement et qui me régénère, me protège de ce poison mortel qui m’assène des coups, des pensées punitives, qui me jugent, jugent ce refuge régénérant, me dit que c’est une fuite, me crie d’arrêter, juge chacune de mes pensées.

Silence.

Silence fill you through
Time to tell the truth
See the words on signs
It ends with a blink of an eye

 

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4 réactions sur “L’enfer

  1. Salut,
    C’est un voyage rempli de périls, mais le seul fait qu’on sache qu’il existe alors il nous habite et nous n’avons plus le choix. On doit le faire si on veut se libérer. C’est un long chemin mais plus la route est longue, plus l’accomplissement est merveilleux n’est ce pas?
    Il suffit d’y croire.
    W.

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