Stockholm syndrome, partie 2

Retour vers partie 1

On qui me tire une balle dans le pied, histoire de rigoler et de me passer l’envie de recommencer: “Non mais, pour qui se prend-elle à tenter de courir…???”.

Je suis rouée de coups.
Je ne pense plus.
Je ne sens plus.
Rien.

Chape de plomb.

Pendant plusieurs mois je reste dans un périmètre réduit de ma grande prison.
Mes codétenus tournent en rond pendant que j’erre, hagarde.

***

Nouvelle envie, nouveaux plans.
Si je veux m’échapper de ma prison, il me faut la connaître dans sa totalité. Découvrir qui détient les clés. En connaître tous les recoins et les habitants.
Et surtout qui est à l’oeuvre de cette vaste mascarade.

Je pars à la rencontre de nombreux personnages que je découvre, avec qui je discute, échange des points de vue, c’est très enrichissant, très perturbant.

Celui-là, replié dans un coin de sa cellule, à moitié endormi me dit que oui, nous devons nous libérer mais que franchement, c’est pas dit qu’on puisse y arriver, lui a laissé tombé. Il en a bavé, il en porte les stigmates. Il en tremble et son regard est fixe.

Cet autre me dit avoir vu la lumière, me dit tout connaître, avoir tout compris. Il me dit que nous détenons tous les pouvoirs, qu’il suffit de le vouloir, me dit même d’essayer pour voir.
Il me rappelle cet excellent film de Matrix où le gars à un moment peut voler parce qu’il sait qu’il est dans la matrice. Il me dit :
“ouais ma pote, franchement vas-y, tu y crois fort fort fort, tu cours au milieu de la cour et tu t’envoles !”.

Je vous passe tous les détails des milliards de propositions et de suppositions que je partage avec eux.

Il y a celui qui tourne en rond, sans cesse en répétant que les choses sont ainsi, depuis toujours. Il a lu beaucoup de livres et il est allé dans les plus grandes écoles, il me répète :
“N’écoute pas ces fous qui croient qu’il y a une libération possible, tu vas te brûler les ailes petite”.
Ou bien il rentre dans une discussion hautement intellectuelle où il s’efforce de distinguer la vraie de la fausse liberté. A la fin du discours, je me sens vidée et loin de ma liberté.

Il y a cet autre qui me dit, entouré de nanas, avec son poste de musique, sa came, son immense télé :
“Franchement, il te manque quoi ma puce ? On a tout ici, on est bien franchement, bon j’te laisse, y en a une qui m’appelle, ouuuuaiiiis, j’arrive poulette ! – Hey, tu m’appelles quand tu veux, j’te fais oublier tout ça ma minette – ”.
Franchement, il sourit le gars, il a l’air cool et heureux et moi je me sens si triste, si bête, pas claire dans ma tête.

Il y a celui qui me dit qu’il y a un dieu qui nous punit, que nous devons accepter les conditions dans lesquelles il nous a mis.

Et puis il y a aussi celui qui me dit de travailler, travailler sans relâche et que peut-être j’y arriverai. Il me dit d’être patiente, courageuse et confiante.

***

De mon côté, à force de sorties, de discussions qui se poursuivent jusqu’au bout de la nuit, de nouvelles sensations, émotions naissent en moi et me portent : la rage, la colère, le sentiment d’injustice.
Je suis un chasseur, prête à traquer, prête à tuer s’il le faut, pour recouvrer ma liberté.
Je sais que le plus difficile et le plus long sera de découvrir qui se cache derrière tout ça et qui détient les clés.
En attendant, je m’immiscie au cœur des patrouilles, traquant leurs pas, leur emplacement, leur mode de fonctionnement.

Quelques fois je suis débusquée, me retrouve enfermée, frappée et torturée.

Chaque fois il me faut du temps pour retrouver l’énergie de poursuivre ma quête de liberté.
Parfois même ces tortures et menaces me font douter du bien fondé de mon entreprise :
Est-ce un leurre que de pouvoir me libérer un jour ?
Il y a ce garde, familier, avec qui je discute régulièrement, pas aussi méchant que les autres qui se moque, gentiment, tendrement :
“Mais comment oses-tu petite franchement ? Tu t’es pris pour un super héros ? Tu vas te brûler les ailes. Tu as tout ce qu’il te faut ici. Tu retrouveras les mêmes ennuis dehors, j’t’assure, on est bien mieux ici à l’abri.
Réfléchis j’te dis ! »

Alors je me résigne, convaincue pour un temps, je reprends ma vie dans ma prison, je m’active à nettoyer, raboter les murs et faire briller, simulacre de clarté.

Toujours, toujours, cette chape de plomb.

Je dois me lever, marcher courir, me réveiller !
C’est une tâche si dure, ô mon dieu…! Dieu que c’est difficile…!
Recroquevillée dans ma cellule sombre, humide et dure, la petite lumière me rappelle, me rappelle l’air pur et les blés. Le vent dans mes cheveux et les rires assoiffés.
De cet amour pur savouré au dehors et sans le moindre remord, je poursuis alors, encore ! Ma quête assoiffée de liberté !

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