Stockholm Syndrome, partie 5

Stockholm syndrome partie 1

Je suis déplacée à côté d’un compagnon de cellule, un vieil ami, de très très longue date, qui me dit : “sérieux petite, on a la punition qu’on mérite, faudrait pas s’prendre pour dieu quand même. Le monde réel est ici.”

La punition, le vrai monde, se prendre pour dieu…
Le visage bouffi de coups, le sang s’écoulant encore de ma bouche, de mes oreilles, des coups reçus aussi à la poitrine, je me pose ainsi sans vraiment réfléchir mais en demeurant dans une sorte de conscience accrue de mes douleurs, mes cicatrices, mes potes de cellule autour, ma prison, mon monde, tout mon monde depuis toujours.

Que pouvait être l’autre monde ?
J’avais peur. J’en avais eu des aperçus certes mais je ne savais plus, non, je ne savais plus rien…

Il faut que j’en sache un peu plus, autrement, différemment.
Pour le moment je sais que je suis le maître des lieux, je sais que je suis mon propre bourreau, je sais que je peux me libérer mais ce savoir, loin de m’être utile, est source d’une souffrance plus terrible encore.
C’est moi qui me donne les coups, c’est moi qui me mets à terre. C’est moi qui décide de ce putain de décor tout gris.

Ce savoir est atroce, il m’est inutile, complètement, il me rend même folle de rage, une colère hurle, grandit en moi et me dévore, elle menace de faire tout péter, tout valser tout exploser, ne plus savoir, ne plus savoir, ne plus savoir…!
J’envie ces autres qui ne savent pas, je comprends pourquoi ils ne voient pas, je voudrais revenir à cette insouciance, à cette légèreté.
Sont-ils vraiment insouciants ? Sont-ils vraiment légers ?
Il me semble que la légèreté et l’insouciance que je recherche ne se trouve pas dans ce déni, oui, c’est un déni de cruauté, une souffrance masquée, une souffrance dérivée, une souffrance que l’on fuit, partout, tout autour.
Et puis ces coups que je me donne, je vois bien que beaucoup les donnent aux autres, à soi-même ou aux autres, quelle est la différence ?

Cette conscience est comme un trou vertigineux dont on ne sait ce qu’il est et quand il se termine.

***

A nouveau cette même sensation de lueur, de chaleur, de douceur.
On me chuchote des mots doux à l’oreille.
Je perçois une intense lumière, en ouvrant les yeux, tout est clair, limpide, merveilleux. tout n’est que clarté, brillance, l’espace d’un instant, sans rien comprendre, je suis dehors, je suis libre.
Mon corps bizarrement prend corps mais je le sens plus léger.
Une vive chaleur mais agréable ensemence mon cœur et grandit dans mon ventre.
Je sais, je sais qui je suis, je le sais depuis toujours, là, dans le creux de mon ventre, dans tout mon être même.

Je me dirige intuitivement vers une pièce.
Salle de cinéma ? Retour dans le passé ? Visite de mémoires de l’humanité ?
Je n’en sais fichtrement rien, comme toujours mais je m’assois dans cette drôle de machine, je ferme les yeux, je me laisse guider, je pars pour un long voyage.

C’est bizarre, je sens très fortement mon corps, je suis consciente et pourtant je ne suis plus tout à fait là.
Et les images me parviennent. C’est quoi putain c’est un cinéma dynamique…???
Je peux ressentir le vent, je peux voir des paysages jamais vu avant, en tout cas, de ce que je croyais savoir, je peux ressentir des émotions, des sensations inconnues elles aussi jusque-là.
Dans ce voyage je ne suis plus tout à fait moi, je suis projetée dans différents personnages, dans différentes réalités.

Je me sens puissant. Je ressens le pouvoir, la puissance du pouvoir. Je suis important.
J’inspire ce pouvoir, l’assurance qu’il me donne, le poids, dans tout mon corps droit et fier.
Huummmmmm que c’est bon cette sensation, moi qui me suis toujours sentie misérable, avilie, les épaules courbées.
Que c’est bon…!

Puis les images défilent, avec elles les années.

Je trahis. Je me venge.
Je suis amer. Je me sens si faible, si misérable. Je sens mon corps mort. Je sais qu’on vient de m’empoisonner. Juste rien. Plus rien.

Que suis-je dans cette scène ? Une montagne ? La nature ?

Ooooohhhhhh ici je médite, haut perché dans une montagne, seul. Je suis la montagne.
Ooh…! Je lévite…!!!!
Je ressens alors une sensation en haut de ma tête, comme si la partie haute de ma tête soudain se soulevait. C’est une sensation singulière, de chaleur, de lumière.
Puis la sensation envahit tout mon être je me sens transportée par une chaleur et une vague intense qui étreint tout mon être en une extase sublime, extraordinaire qui me relie à toute la terre.

……………. Que suis-je ici…???!!! Je ne ressens pas de corps, je ne vois pas vraiment. J’ai l’impression… Que… Que je suis dans l’espace. Je ne sais pas ce que je suis. Ça ne ressemble à rien que je connais.
hhhhhhh Je vois la terre. Non… Je la ressens. Un amour immense. J’aime la terre, mon dieu que j’aime la terre………!
Je suis l’univers. Quel est ce lieu ? C’est merveilleux.

J’ouvre les yeux, le voyage est terminé.
Je ressens une paix profonde, une chaleur dans tout mon être. Je ressens la terre au creux de mon ventre.

Je ne sais plus rien mais une intime conviction, d’une puissance bien plus grande encore que toute ma connaissance, prend corps en moi, serait-ce cela la Foi…?

***

A suivre…

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