Stockholm Syndrome, partie 5

Stockholm syndrome partie 1

Je suis déplacée à côté d’un compagnon de cellule, un vieil ami, de très très longue date, qui me dit : “sérieux petite, on a la punition qu’on mérite, faudrait pas s’prendre pour dieu quand même. Le monde réel est ici.”

La punition, le vrai monde, se prendre pour dieu…
Le visage bouffi de coups, le sang s’écoulant encore de ma bouche, de mes oreilles, des coups reçus aussi à la poitrine, je me pose ainsi sans vraiment réfléchir mais en demeurant dans une sorte de conscience accrue de mes douleurs, mes cicatrices, mes potes de cellule autour, ma prison, mon monde, tout mon monde depuis toujours.

Que pouvait être l’autre monde ?
J’avais peur. J’en avais eu des aperçus certes mais je ne savais plus, non, je ne savais plus rien…

Il faut que j’en sache un peu plus, autrement, différemment.
Pour le moment je sais que je suis le maître des lieux, je sais que je suis mon propre bourreau, je sais que je peux me libérer mais ce savoir, loin de m’être utile, est source d’une souffrance plus terrible encore.
C’est moi qui me donne les coups, c’est moi qui me mets à terre. C’est moi qui décide de ce putain de décor tout gris.

Ce savoir est atroce, il m’est inutile, complètement, il me rend même folle de rage, une colère hurle, grandit en moi et me dévore, elle menace de faire tout péter, tout valser tout exploser, ne plus savoir, ne plus savoir, ne plus savoir…!
J’envie ces autres qui ne savent pas, je comprends pourquoi ils ne voient pas, je voudrais revenir à cette insouciance, à cette légèreté.
Sont-ils vraiment insouciants ? Sont-ils vraiment légers ?
Il me semble que la légèreté et l’insouciance que je recherche ne se trouve pas dans ce déni, oui, c’est un déni de cruauté, une souffrance masquée, une souffrance dérivée, une souffrance que l’on fuit, partout, tout autour.
Et puis ces coups que je me donne, je vois bien que beaucoup les donnent aux autres, à soi-même ou aux autres, quelle est la différence ?

Cette conscience est comme un trou vertigineux dont on ne sait ce qu’il est et quand il se termine.

***

A nouveau cette même sensation de lueur, de chaleur, de douceur.
On me chuchote des mots doux à l’oreille.
Je perçois une intense lumière, en ouvrant les yeux, tout est clair, limpide, merveilleux. tout n’est que clarté, brillance, l’espace d’un instant, sans rien comprendre, je suis dehors, je suis libre.
Mon corps bizarrement prend corps mais je le sens plus léger.
Une vive chaleur mais agréable ensemence mon cœur et grandit dans mon ventre.
Je sais, je sais qui je suis, je le sais depuis toujours, là, dans le creux de mon ventre, dans tout mon être même.

Je me dirige intuitivement vers une pièce.
Salle de cinéma ? Retour dans le passé ? Visite de mémoires de l’humanité ?
Je n’en sais fichtrement rien, comme toujours mais je m’assois dans cette drôle de machine, je ferme les yeux, je me laisse guider, je pars pour un long voyage.

C’est bizarre, je sens très fortement mon corps, je suis consciente et pourtant je ne suis plus tout à fait là.
Et les images me parviennent. C’est quoi putain c’est un cinéma dynamique…???
Je peux ressentir le vent, je peux voir des paysages jamais vu avant, en tout cas, de ce que je croyais savoir, je peux ressentir des émotions, des sensations inconnues elles aussi jusque-là.
Dans ce voyage je ne suis plus tout à fait moi, je suis projetée dans différents personnages, dans différentes réalités.

Je me sens puissant. Je ressens le pouvoir, la puissance du pouvoir. Je suis important.
J’inspire ce pouvoir, l’assurance qu’il me donne, le poids, dans tout mon corps droit et fier.
Huummmmmm que c’est bon cette sensation, moi qui me suis toujours sentie misérable, avilie, les épaules courbées.
Que c’est bon…!

Puis les images défilent, avec elles les années.

Je trahis. Je me venge.
Je suis amer. Je me sens si faible, si misérable. Je sens mon corps mort. Je sais qu’on vient de m’empoisonner. Juste rien. Plus rien.

Que suis-je dans cette scène ? Une montagne ? La nature ?

Ooooohhhhhh ici je médite, haut perché dans une montagne, seul. Je suis la montagne.
Ooh…! Je lévite…!!!!
Je ressens alors une sensation en haut de ma tête, comme si la partie haute de ma tête soudain se soulevait. C’est une sensation singulière, de chaleur, de lumière.
Puis la sensation envahit tout mon être je me sens transportée par une chaleur et une vague intense qui étreint tout mon être en une extase sublime, extraordinaire qui me relie à toute la terre.

……………. Que suis-je ici…???!!! Je ne ressens pas de corps, je ne vois pas vraiment. J’ai l’impression… Que… Que je suis dans l’espace. Je ne sais pas ce que je suis. Ça ne ressemble à rien que je connais.
hhhhhhh Je vois la terre. Non… Je la ressens. Un amour immense. J’aime la terre, mon dieu que j’aime la terre………!
Je suis l’univers. Quel est ce lieu ? C’est merveilleux.

J’ouvre les yeux, le voyage est terminé.
Je ressens une paix profonde, une chaleur dans tout mon être. Je ressens la terre au creux de mon ventre.

Je ne sais plus rien mais une intime conviction, d’une puissance bien plus grande encore que toute ma connaissance, prend corps en moi, serait-ce cela la Foi…?

***

A suivre…

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Stockholm Syndrome, partie 4

Stockholm syndrome partie 1
Stockholm syndrome partie 2
Stokholm syndrome, partie 3

Enfin, ce moment tant attendu du face à face.
Cette scène est étrange, je n’arrive pas à voir sa tête et pourtant quelques flashs fugaces laissent apparaître ce que je crois être…………………. mon visage.
En cet instant flash de conscience fulgurant, dans le silence,

JE SUIS

Je suis choquée, sonnée.
La confusion, la nausée le vertige me font vaciller.
Je m’effondre, encore, le visage au sol avec sa dureté, sa fraîcheur qui maintiennent ce corps qui ne sait plus grand chose.
Sentir le sol sous mes mains, sur mon visage, juste le sol partout sur mon corps, sur mon cœur, meurtris.
Me retenir, me contenir.

***

Je reprends peu à peu mes esprits, il le faut bien.
Comment, comment je parviens à me relever chaque fois ?
Je ne sais pas.
Encore cette fichue lumière, oui.
Mais qui est-elle au fait ?
D’où vient-elle ?
Et tous ces ennuis qu’elle me ramène…
C’est elle encore qui m’a réveillée, m’a guidée, m’a portée.
Pour l’instant cela suffit, je veux demeurer quelques jours tranquille dans ma prison familière.
Je hume tranquillement mes fleurs, je me promène dans les allées, mes chaussons aux pieds.
Il est vrai que je me prends des coups régulièrement mais j’y suis habituée depuis si longtemps.
J’ai développé cette force, cette résistance à tous les coups, toutes les épreuves.
Je m’allonge sur mon canapé douillet devant mon programme télé préféré.
Ça fait du bien de se reposer.

Et cet appel, puissant, insistant prend corps en moi de plus en plus fortement.
Une partie de moi s’accommode si bien des coups, du gris, des murs et des chaînes mais il y a cette autre chose encore.
Ce quelque chose est plus puissant que tout, capable même de percer ma force, mon endurance.
Et ce quelque chose sonne, hurle à mon oreille, cogne dans ma tête, plus fort, ô combien plus fort que les coups !
Mais ce cognement est doux pourtant, puissant mais dieu qu’il est doux !

***

Bon, je suis prête à nouveau.
j’ai recouvré mes forces et surtout j’ai vite fait le tour de ma prison dorée.
L’air pur me manque encore, toujours, les cascades, les rivières, les oiseaux colorées, les arc-en-ciel et les montagnes sacrées.
Oh je me rappelle cette chère chèvre de monsieur Seguin qui m’avait fait tant pleurer petite, allais-je finir moi aussi dévorée par le loup ?

Quelque chose de nouveau a grandi en moi.
Certes, je sens plus les coups qu’avant, je me sens moins forte mais dans le même temps, c’est une autre force qui prend corps en moi.
Tout autour les puits de lumière se sont agrandis. Je peux voir nettement le ciel désormais, oui.
Je sens plus les coups et la torture mais ils se font moins nombreux.
Je commence à prendre conscience de ma toute puissance et de toutes les possibilités qui s’ouvrent à moi.
Je détiens les clés. Je dirige tous les gardiens. J’ai bâti tous ces murs.

Je suis le créateur.

Alors l’euphorie m’emporte, je vole, je vole parmi les nuages et je me sens puissante, si puissante.

Puis le noir complet.

Je me réveille abasourdie avec un mal de tête atroce et trois gardes à mes côtés, les chaînes aux pieds, dans une cellule isolée, minuscule et noire.
“Tu croyais que tu pourrais t’en sortir comme ça, nous berner ? Non mais tu t’es prise pour qui ? Le maître du monde ?”

Tout s’écroule, tout.
Ma cape de super héroïne s’envole et avec elle, les muscles, les super pouvoirs.
Je ne comprends plus rien. Je ne sais rien.
J’en ai assez, je n’en peux plus.
Je m’effondre à terre, tendant mes deux poignets au dessus de ma tête, résignée, implorant d’être menottée sur le champs.

Depuis tout ce temps cette prison était mienne, moi, le bourreau, le juge, le maître de torture.
A cette pensée, je vomis.
Je vomis toutes mes tripes, tremblant, hurlant.

Toute ma garde sécurisée, sécurisante, accourt à mes côtés.
“Contenez-moi, maintenez-moi, enfermez-moi !”

***

Qui suis-je ?
Où suis-je ?
Où est la réalité ?
Qu’est-ce que la réalité ?
Le réel est dehors ? Dedans ?
Ma liberté après laquelle je cours, existe-t-elle seulement ?

Ce questionnement, pire encore que toutes les tortures et les coups reçus auparavant m’achève.

C’en est trop.
J’ai besoin de ne plus penser.
Stop. Arrêt.

***

Stockholm syndrome, partie 5

Stockholm syndrome, partie 3

Stockholm syndrome partie 1
Stockholm syndrome partie 2

Il faut que je trouve un autre moyen.
Mes forces diminuent à force de torture et de coups.
Je connais maintenant les moindres recoins de ma prison sans pour autant pouvoir m’en échapper. Toutes les portes sont fermées. Les murs sont épais, les couloirs nombreux.
A bien y réfléchir, la structure de cette prison ressemble à un labyrinthe.
Tout est cloisonné, surveillé, repéré par un chef, mais qui ?

Aux côtés de cet épuisement pourtant je suis bien différente.
Je suis consciente, j’ai acquis une grande connaissance et j’ai appris à boire à ces petites sources de lumière que sont mes précieux puits de lumière.
Le désir même de liberté fait naître dans mon cœur une lueur, élan de mon cœur qui me donne la force de poursuivre.

Et puis je sens une transformation en moi. Mon regard s’est éclairé et même de plus en plus souvent, les larmes coulent, au côtés de ce vieux pote de cellule, longtemps mis de côté, enfermé dans cette pièce scellée, loin bien loin, bien cachée. J’étais venu l’aider à éponger les eaux qui avaient débordé dans sa cellule, je l’avais entendu cogner, désespérant d’être un jour écouté.
J’étais de plus en plus reliée à tout ce monde duquel je voulais m’échapper, à force de les visiter, je commençais à les connaître et même, à les aimer.
Cela était plaisant et déroutant.

Je découvre même, à ma grande surprise, que certains gardiens éprouvent de la compassion et m’offrent leur épaule pour pleurer.
Ils admirent mon âme de guerrière, saluent ma quête effrénée.
Je commence même à déjouer certains gardiens qui n’en sont plus.
C’est très étrange tant de choses chaque jour se modifient dans ma prison sans que je n’y aie moi-même rien modifié.
Les murs avant gris et épais deviennent multicolores et se sont affinés.
Les gardes ont quitté leurs uniformes et portent robes d’été, foulards bariolés et bijoux colorés…!
Il y a comme un mouvement qui s’est crée en moi et autour de moi.
Je me sens libre, libre d’errer en toute liberté dans ma prison dorée.

Enivrée par cette transformation, toute cette beauté, je tente à nouveau une sortie.
Et là je ne comprends plus, je ne sais plus.
Tout à coup, en une fraction de seconde, voilà que les gardiens avaient repris l’uniforme, le taser et les pistolets.
Les murs minces et multicolores étaient redevenus gris et épais.
Me voilà ligotée, torturée, électrocutée.

Je suis à terre, sans vie.
Je ne ressens plus rien.
Je ne sais plus rien.
Où est la réalité ?
Où est le vrai ?
Comment était-il possible que tout change dans la matière en un instant… ?!

Aucunes larmes, aucun drame.
Juste, rien.

***

Je me réveille titillée par la lumière (encore elle !), je me sens étrangement entourée. Tout est doux, je dirais même que des mains me caressent.

Depuis quand ? Comment ?
Je ne sais rien.

Pas même comment cette lumière et ces “mains” que je ne vois pas mais que je sens, peuvent me faire me sentir aussi bien.
C’est vraiment étrange.
Mais je m’y habitue. Tant de choses ont été étranges depuis le changement de décor jusqu’à cette scène sortie tout droit d’un film de science fiction.

Mais oui, c’est ça… ! C’est comme dans Matrix, enfin, ça y ressemble. Je vois la “matrice” et j’ai une action sur elle.
“Youhouuuuouuuuuuuuuuuu…!!!!
Voilà l’euphorie revenue, je sais comment sortir de ces lieux.
Je découvre mes super pouvoirs.
Je pense tout de suite à m’en servir contre l’enfoiré qui détient les clés.
Je déjoue quelques gardiens avec mon nouveau super pouvoir, au passage, fais un clin d’oeil à mon pote illuminé, ils se sont tous transformés en bisounours…! 😀

Le moment du face à face approche.

Je poursuis ma route, c’est une ascension, il est retranché le bougre, seul, à l’écart de tous, dans sa citadelle dorée, haut perchée !
Essoufflée, haletant et me désespérant d’y parvenir enfin, au terme d’un nombre infini de marches, devenues de plus en plus petites, me faisant presque trébucher et manquer tomber dans le vide, enfin, j’y suis.

Stockholm syndrome, partie 2

Retour vers partie 1

On qui me tire une balle dans le pied, histoire de rigoler et de me passer l’envie de recommencer: “Non mais, pour qui se prend-elle à tenter de courir…???”.

Je suis rouée de coups.
Je ne pense plus.
Je ne sens plus.
Rien.

Chape de plomb.

Pendant plusieurs mois je reste dans un périmètre réduit de ma grande prison.
Mes codétenus tournent en rond pendant que j’erre, hagarde.

***

Nouvelle envie, nouveaux plans.
Si je veux m’échapper de ma prison, il me faut la connaître dans sa totalité. Découvrir qui détient les clés. En connaître tous les recoins et les habitants.
Et surtout qui est à l’oeuvre de cette vaste mascarade.

Je pars à la rencontre de nombreux personnages que je découvre, avec qui je discute, échange des points de vue, c’est très enrichissant, très perturbant.

Celui-là, replié dans un coin de sa cellule, à moitié endormi me dit que oui, nous devons nous libérer mais que franchement, c’est pas dit qu’on puisse y arriver, lui a laissé tombé. Il en a bavé, il en porte les stigmates. Il en tremble et son regard est fixe.

Cet autre me dit avoir vu la lumière, me dit tout connaître, avoir tout compris. Il me dit que nous détenons tous les pouvoirs, qu’il suffit de le vouloir, me dit même d’essayer pour voir.
Il me rappelle cet excellent film de Matrix où le gars à un moment peut voler parce qu’il sait qu’il est dans la matrice. Il me dit :
“ouais ma pote, franchement vas-y, tu y crois fort fort fort, tu cours au milieu de la cour et tu t’envoles !”.

Je vous passe tous les détails des milliards de propositions et de suppositions que je partage avec eux.

Il y a celui qui tourne en rond, sans cesse en répétant que les choses sont ainsi, depuis toujours. Il a lu beaucoup de livres et il est allé dans les plus grandes écoles, il me répète :
“N’écoute pas ces fous qui croient qu’il y a une libération possible, tu vas te brûler les ailes petite”.
Ou bien il rentre dans une discussion hautement intellectuelle où il s’efforce de distinguer la vraie de la fausse liberté. A la fin du discours, je me sens vidée et loin de ma liberté.

Il y a cet autre qui me dit, entouré de nanas, avec son poste de musique, sa came, son immense télé :
“Franchement, il te manque quoi ma puce ? On a tout ici, on est bien franchement, bon j’te laisse, y en a une qui m’appelle, ouuuuaiiiis, j’arrive poulette ! – Hey, tu m’appelles quand tu veux, j’te fais oublier tout ça ma minette – ”.
Franchement, il sourit le gars, il a l’air cool et heureux et moi je me sens si triste, si bête, pas claire dans ma tête.

Il y a celui qui me dit qu’il y a un dieu qui nous punit, que nous devons accepter les conditions dans lesquelles il nous a mis.

Et puis il y a aussi celui qui me dit de travailler, travailler sans relâche et que peut-être j’y arriverai. Il me dit d’être patiente, courageuse et confiante.

***

De mon côté, à force de sorties, de discussions qui se poursuivent jusqu’au bout de la nuit, de nouvelles sensations, émotions naissent en moi et me portent : la rage, la colère, le sentiment d’injustice.
Je suis un chasseur, prête à traquer, prête à tuer s’il le faut, pour recouvrer ma liberté.
Je sais que le plus difficile et le plus long sera de découvrir qui se cache derrière tout ça et qui détient les clés.
En attendant, je m’immiscie au cœur des patrouilles, traquant leurs pas, leur emplacement, leur mode de fonctionnement.

Quelques fois je suis débusquée, me retrouve enfermée, frappée et torturée.

Chaque fois il me faut du temps pour retrouver l’énergie de poursuivre ma quête de liberté.
Parfois même ces tortures et menaces me font douter du bien fondé de mon entreprise :
Est-ce un leurre que de pouvoir me libérer un jour ?
Il y a ce garde, familier, avec qui je discute régulièrement, pas aussi méchant que les autres qui se moque, gentiment, tendrement :
“Mais comment oses-tu petite franchement ? Tu t’es pris pour un super héros ? Tu vas te brûler les ailes. Tu as tout ce qu’il te faut ici. Tu retrouveras les mêmes ennuis dehors, j’t’assure, on est bien mieux ici à l’abri.
Réfléchis j’te dis ! »

Alors je me résigne, convaincue pour un temps, je reprends ma vie dans ma prison, je m’active à nettoyer, raboter les murs et faire briller, simulacre de clarté.

Toujours, toujours, cette chape de plomb.

Je dois me lever, marcher courir, me réveiller !
C’est une tâche si dure, ô mon dieu…! Dieu que c’est difficile…!
Recroquevillée dans ma cellule sombre, humide et dure, la petite lumière me rappelle, me rappelle l’air pur et les blés. Le vent dans mes cheveux et les rires assoiffés.
De cet amour pur savouré au dehors et sans le moindre remord, je poursuis alors, encore ! Ma quête assoiffée de liberté !

Stockholm syndrome, partie 1

Mes chers amis, lecteurs réguliers ou occasionnels ou toi qui passes par là par hasard, je vais publier ici plusieurs épisodes d’une série écrite ces dernières semaines qui ont été sacrément tumultueuses et merveilleuses, mélange de libérations et de résistances, voyage fabuleux, encore, au cœur même de l’humain, avant même que je n’écrive le texte sur la guérison.
Mes découvertes vont au delà de mes espérances, je brûle de partager tout cela avec vous, comment, sous quel forme, avec quels mots, quand ?
Ça prend forme petit à petit.

Je bosse dur mes amis, tel le scientifique qui passe ses journées dans son laboratoire à explorer le vivant, je me sens l’âme d’un mystique travaillant dans son laboratoire intérieur, sans relâche, à chaque instant, dans chaque scène du quotidien qui prend sens désormais dans ma quête.

Ces dernières semaines donc, ces derniers jours, j’ai vécu des libérations intenses, physiquement, j’ai vu, j’ai “su”, tel un explorateur émerveillé de trouver des trésors qu’il désespérait de trouver.
Enfin.

Et bien figurez-vous que ces libérations et “visions” majeures ont été suivies d’une sorte de stockholm syndrome au sein de ce que je nomme “ma prison”.
En fait, ce va-et-vient se fait depuis le début mais là, l’avancée était telle…! Le « recul » alors se fit en conséquence…
Brusque, monumental retour en arrière, éclairant, très éclairant, de ces choses que je croyais finies depuis longtemps et qui sont revenues pires encore, si c’était possible…
Dernier tour d’horizon avant la guérison, la sortie de prison.

C’est terrible non de voir ces angoisses, ces comportements, totalement irrationnels, sur lesquels on a réfléchi une bonne partie de sa vie, ces problèmes, qu’on a tournés dans tous les sens qui, dans ces moments où tout dégringole, ressortent en une sorte de cri désespéré du : “putain mais je SAIS je SAIS et pourtant, pourtant, c’est là, c’est là et je ne sais pas pourquoi bon dieu, je ne sais pas pourquoi et j’ai beau apprendre, décortiquer, cheminer, dans ces moments je n’ai plus aucun contrôle et je ne comprends rien et tout cela revient…”

Je vais vous parler alors de ma prison que j’ai appris à connaître sur le bout des doigts, que j’ai visité dans les moindres recoins.

Mais avant de partager avec vous les milles et une expériences vécues ces dernières semaines et ce que je commence enfin à en comprendre un petit peu, aux côtés du je ne sais rien qui demeure, encore et me permet de modeler à chaque instant ma vie et mes pensées, je vous livre ce premier jet, brut, sincère, du récit écrit sur le moment, de ma prison vécue en direct (oui, je plongeais dans les entrailles de mon enfer, bien malgré moi bien sûr, et dans des moments de calme, j’écrivais ce texte), en plusieurs épisodes, parce que c’est long…

Vous êtes au sein de votre prison.
Vous croyez que vous ne détenez pas les clefs.
Vous vous croyez condamné à perpétuité.
C’est une évidence pour vous, quelque chose que vous avez accepté il y a bien longtemps.

Avez-vous déjà eu cette sensation d’étouffer, ce besoin d’air, l’impression d’être enfermé, oppressé, là, dans la poitrine, la gorge serrée, le couteau sous la gorge ?

Je n’ai pas le choix. Les choses sont ainsi.
Crises d’angoisses à répétition, envie de mourir, coups de folie, cela vous-est-il arrivé ?
Ou peut-être à votre frère, votre mère, votre voisin, vous avez eu vite fait de vous détourner,
peut-être ce fou, ce dépressif, cet angoissé a trouvé un écho en vous.

Ou bien votre gorge est-elle prise, régulièrement, votre nez bouché, peut-être même sentez-vous votre corps tout rigidifié, peut-être avez-vous terriblement mal, ou encore peut-être sentez-vous l’urgence.

Vous avez préféré oublier.
Vous vous sentez fort, fort de tout contrôler, de cette dureté qui vous permet de ne pas flancher. Vous affichez un sourire impeccable, un bronzage et une musculature parfaite, il vous semble que cela vous rend heureux, alors même que vous sentez ce quelque chose qui hurle en vous, peut-être ne l’entendez-vous même plus, peut-être votre regard est-il vide, absent, pour un temps.

Je ne sais pas grand chose, mais il y a ces questions que je me pose, constamment et l’urgence aussi de témoigner, vous parler de ma prison.
Quelle est la vôtre, à quoi ressemble-t-elle ?

***

Sûrement a-t-on commencé à vous accorder des autorisations de sortie.
Vous goûtez à cette liberté, vous inspirez l’air à plein poumons, les angoisses, la douleur et les soucis s’envolent, plus de murs, à la place du plafond le ciel infini, le mouvement, la joie de courir, la joie de crier, plus de frontières.
L’espace de ce jour.
De ces jours.
On vous en accorde régulièrement maintenant.
Au début déjà cette liberté avait été difficile à vivre, mélange d’euphorie merveilleuse et chape de plomb infernale une fois retourné dans vos murs.
Mais si, rappelez-vous : l’espace d’un instant, au dehors, en voyant l’espace immense et le ciel, vous aviez cru que vous pouviez voler. Vous vous étiez écrasé sur le dur et gris pavé de votre prison, suivis des coups de bâtons des matons.

Cette autre fois, angoisse atroce de vous retrouver face à cet excès de lumière, sans mur ni barrière pour vous retenir, pour vous contenir.
Sensation de vertige face à cette immensité.

Mais surtout le doute avait commencé à germer en vous, à force de sorties répétées.
Début d’une réflexion sans fin, peut-être tournez-vous en rond.

Vous êtes parti mener l’enquête,
c’est le début de votre quête, la quête de votre Vie.
Alors, en route, allons-y, allons regarder de plus près les murs de cette prison, je vous fais l’honneur – l’horreur…! – de pénétrer dans la mienne…

***

Qui détenait les clés ?
Qui me maintenait en prison ?
Pourquoi étais-je en prison ?
D’autres étaient-il en prison comme moi ?
Pouvais-je imaginer en sortir ?
Avais-je le droit à cette liberté ?
En étais-je capable ?

En attendant cette liberté tant désirée, les bouffées d’oxygène, de lumière avait révolutionné mon monde, ma prison.
Grands travaux de rénovation : les murs avaient été repoussés, l’espace agrandi, puits de lumière installés un peu partout et même plantes vertes et animaux étaient entrés animer mon simulacre de liberté.
Les sorties se poursuivaient et ramenaient leur lot d’euphorie, d’angoisses et de doutes.
J’allais et venais avec mes réaménagement intérieurs qui s’accéléraient et apaisaient mon angoisse et ma dépression.
Pour un temps.
Mes angoisses et ma profonde souffrance de ce lieu fermé, sombre et sclérosé revenaient toujours plus avec force.

Jusqu’à me décider, un beau jour, à me libérer.
Oh on dit toujours dans les livres et les conversations, “ce jour où…”, non en vérité ce n’est pas un jour mais plusieurs longs jours d’hésitations, de doute et de dépression qui, à force de se présenter encore et encore à moi m’ont finalement décidée.
Mes sorties répétées m’avaient appris à m’habituer à cette abondance de lumière, à l’immensité de l’espace, au lien avec les autres, au dehors, les hommes, la nature et la terre.
Les angoisses du début, l’euphorie avaient laissé la place à une joie jamais connue auparavant.
Ce que j’apprenais de mes voyages là-bas, hors de ma prison n’avait pas de limites et me portait à en savoir davantage, encore !
Ce savoir aussi avait contribué à cette prise de décision, certes mal assurée, bancale et apeurée, de me libérer pour de bon.

***

Totalement inconsciente alors, je me précipite en courant, tel un enfant innocent, hors du mur d’enceinte courant librement et grimpant, à la vue de tous, j’en prends conscience à ce moment-là.
Il y a beaucoup de monde, des gardes, partout, des codétenus, partout, armés jusqu’aux dents…

Je me retourne : des milliers de mitraillettes (putain ils sont nombreux les cons…!) sont pointées vers moi.

à suivre…